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- Dépasser le débat entre les "spécialistes et les activistes"
- La science ne doit pas se prêter à la désinformation du public - Paul Reiter
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La science ne doit pas se prêter à la désinformation du public - Paul Reiter
Les politiques publiques sont de plus en plus confrontées à des problèmes dont al solution se fonde sur la science, mais de nombreux scientifiques évitent les débats publics car leur discipline se prête mal à un dialogue simplifié.
Par contre, de nombreux groupes de militants ont recours à des déclarations « scientifiques » catégoriques, simplistes et virulentes pour influencer l'opinion publique, en y mêlant une note de danger et d'urgence pour forcer l'attention des media. Cette couverture médiatique suscite des impressions fondées sur des « connaissances scientifiques » qui pèsent sur l'éducation, l'opinion publique, et les décisions politiques. Certains scientifiques sont disposés à cautionner de telles idées pour attirer l'attention du public et s'assurer des financements. Ils écartent ceux qui se permettent de poser des questions et les taxent de scepticisme et de froideur. En réalité, cette démarche faite de questionnement, précision et scepticisme, inhérente à l'esprit scientifique, est indispensable pour qui veut se soucier de l'homme et de son environnement. Un public non averti de cela est facile à tromper. Les scientifiques doivent adopter des stratégies efficaces pour communiquer avec le public.
Plus d'un million d'articles paraissent chaque année dans des publications scientifiques revues par les pairs. Le public non scientifique n'a pas conscience de cette masse colossale de parutions. En fait, l'information du public concernant ces résultats de recherches est limitée à quelques articles « médiatiques », sélectionnés, détaillés et interprétés par les médias.
Les professionnels de la science arrivent rarement à des conclusions définitives sur la vue d'un seul article. Ils le considèrent comme un élément s'ajoutant à d'autres publications, à leur expérience personnelle, à leurs propres connaissances et réflexions. La complexité d'un tel processus, ses incertitudes inhérentes, font qu'il est très difficile pour un non initié de parvenir à une compréhension réelle des problèmes scientifiques.
En cette ère de l'information, la conscience populaire des problèmes scientifiques -particulièrement pour ce qui concerne la santé et l'environnement- est submergée par une marée de désinformation. Des militants alarmistes parlant au nom de groupes d'activistes et disposant de financements importants jouent un rôle majeur dans la création de cette désinformation. Dans de nombreux cas, ils manipulent la perception du public de façon flagrante par des déclarations soi-disant scientifiques, dans un mode passionnel et violemment critique, en y ajoutant une note de danger et d'urgence pour attirer les médias. Leur habileté à mettre en exergue des « faits » scientifiques les dispense de toute allusion aux complexités des problèmes en question, et leur permet d'exercer une forte influence sur l'éducation, l'opinion publique et les décisions publiques. Ces idées sont souvent renforcées par des références à des articles scientifiques revus par les pairs qui sembleraient appuyer leurs déclarations, sans se soucier de savoir si ces articles sont largement approuvés par la communauté scientifique elle-même. Quant aux scientifiques qui contestent ces alarmistes, les médias leur donnent rarement une place prépondérante et ils sont souvent taxés de « scepticisme ».
Ce détournement de la science n'est pas un phénomène nouveau. Un exemple classique est le mouvement eugéniste qui s'est formé dès la publication de L'origine des Espèces, et a atteint son point culminant dans les atrocités du régime nazi. Au début du XXème siècle, de nombreux pays se sont dotés de législation visant à « protéger » la pureté de la race et « améliorer le patrimoine humain ». Ces lois se fondaient sur une « science » qui démontrait par exemple que les chromosomes des Africains étaient visiblement « inférieurs » à ceux des Européens et sur des « examens morphométriques » qui révélaient des tendances criminelles par l'analyse des caractéristiques faciales. La stérilisation forcée de personnes « attardée mentales » et autres « indésirables » s'est poursuivie en Europe jusque dans les années 70. Un autre exemple est la destruction tragique de la biologie soviétique par Trophim Lysenko, un agronome de formation médiocre qui avait persuadé le gouvernement soviétique qu'il fallait remplacer la génétique « bourgeoise » par une forme de néo-Lamarckism, ce qui eut un effet dévastateur sur l'agriculture soviétique. Lysenko a continué impitoyablement à persécuter ses détracteurs jusqu'au milieu des années 60. Certaines séquelles de son règne autocratique restent encore à effacer. Un exemple de nos jours est donné par des déclarations sans aucune preuve à l'appui, selon lesquelles les maladies transmises par les moustiques se déplacent vers de nouvelles latitudes et altitudes à cause du « réchauffement climatique ». Ces affirmations sont le fait de personnes qui ne connaissent pas la complexité de l'épidémiologie de ces maladies. Elles n'ont aucunement le soutien de scientifiques sérieux, mais elles sont encore répétées en public par des alarmistes de l'environnement, des gouvernements et des agences internationales.
Le processus démocratique exige que les élus répondent aux préoccupations et aux craintes suscitées par ces alarmistes. Le démenti est rarement une stratégie efficace, même face à des déclarations absurdes. L'option pragmatique consiste à exprimer la préoccupation, créer une nouvelle réglementation et augmenter le financement pour la recherche. Il arrive aussi que le législateur appuie les groupes militants, donnant ainsi un soutien positif à leur cause. Quelle que soit la stratégie, les activistes politiques -non-scientifiques - sont souvent les plus persuasifs lorsqu'il s'agit de formuler une politique scientifique, notamment le financement public de la recherche. Il serait urgent de redresser cette situation en faisant en sorte que les véritables scientifiques puissent participer au débat public.
Les scientifiques et le devoir d'alerte : comment éviter les manipulations ? |
| Dans la notion de précaution, il y a un devoir d'alerte. Aujourd'hui, l'alerte est relayée par des medias extrêmement puissants dont les intérêts ne sont pas toujours très transparents. On peut être confronté à une manipulation sociale en dehors de toute procédure démocratique. Cette perspective inquiète à juste titre la communauté scientifique. Le cas du débat sur les OGM est une illustration de cette problématique. |
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| William Dab Directeur Général de la Santé, Ministère de la Santé / France |
Œuvrer pour réconcilier les scientifiques et le grand public : |
| Un de nos problèmes est la dichotomie qui se fait jour entre les scientifiques qui disposeraient de la connaissance et les autres. Si la recherche n'est pas également orientée vers les utilisateurs, on se trouve alors confronté à des groupes de pression qui affichent des compétences scientifiques plus ou moins fortes. Je suis frappée d'entendre si souvent des scientifiques évoquer leur volonté d'effectuer des missions, mais très rarement leur désir de rester en place pour mettre en œuvre des solutions durables. |
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| Mamphela RAMPHELE Directeur Général, Banque Mondiale |