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La connaissance, pilier du Développement Durable
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- La transmission des bases scientifiques est indispensable à l'éducation
- La formation commence par celle des formateurs - Hélène Ahrweiler
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La formation commence par celle des formateurs - Hélène Ahrweiler
En France, les problèmes d'enseignement sont concentrés autour de la transmission du savoir. Mais il ne faut pas oublier que l'essentiel est de donner le goût du savoir et le désir de la connaissance. Ceci doit conduire à changer la formation des formateurs et à abandonner parfois le programme officiel. Cependant, il ne faut pas oublier que l'éducation passera en priorité par la famille, la langue et les traditions.
Mon expérience m'a montré qu'à chaque fois qu'il y a quelque chose qui ne va pas, on s'en prend à l'éducation. Mais l'éducation, en fait, n'est pas une solution, mais bien un problème !
Il s'agit de savoir comment partager la connaissance, autant que les infrastructures, comme jadis on partageait le pain. Celui qui donne et celui qui reçoit deviennent plus riches tous les deux. Il faut donc expliquer comment utiliser les instruments disponibles, et pour ce faire, se demander comment former les enseignants, c'est-à-dire comment former les formateurs, première condition de succès.
Les scientifiques toutefois sont confrontés à un problème de transmission de leur savoir.
Nous savons comment il faut enseigner le savoir, de façon générale. Nous sommes capables d'enseigner la manière de le faire, c'est à dire la pédagogie. Cependant, il y a une chose, en France du moins, que nous ne parvenons pas à bien faire, c'est le faire savoir, c'est à dire de donner le goût du savoir et le désir de la connaissance. Nous restons très dépendants des medias, mais nous ne portons pas le même regard sur le temps : le journaliste ne comprend pas que le chercheur a le droit à l'erreur et que ses travaux s'effectuent sur une autre échelle de temps....
La situation du monde se caractérise par deux fléaux. Le premier est constitué par l'illettrisme. Il se caractérise notamment par l'incapacité de savoir analyser la syntaxe d'une phrase, et donc d'entreprendre une étude scientifique ou littéraire quelconque. Une récente étude menée par l'Académie de Paris révélait qu'il existait 17% d'illettrés dans nos écoles dans la capitale. Cet illettrisme frappe surtout les quartiers périphériques, largement plus défavorisés que le centre urbain.
Le deuxième fléau concerne l'image et le langage de l'image. Peu de gens sont capables de commenter, de lire avec une syntaxe, une série d'images (autre que celle d'un film) ; or nous sommes actuellement au cœur d'une société de l'image. Il s'ensuit une large inadaptation des individus au monde qui les entoure.
L'école doit donc contribuer à lutter contre ces fléaux et ce type d'ignorance. Pour ce faire, il apparaît qu'il convient de former en réalisant des partenariats, notamment avec les acteurs privés et au sein des quartiers dans lesquels évoluent les individus. Mais former les formateurs, est une tâche plus difficile que de former des enfants. Il est évident que le travail d'éducation concerne en premier lieu la personne adulte, et notamment le professeur, qui à son tour relaie sa connaissance auprès des enfants. Il reste cependant un problème : comment faire bouger l'enseignant qui a été formé pour être parfait, ou du moins pour se croire tel. Il faut se souvenir que lorsque nous avons voulu créer des programmes nouveaux, jamais aucune matière nouvelle n'a été en mesure de prendre place dans le programme normal.
Il faut donc abandonner le programme officiel et partir du type d'idées que préconise M. Charpak dans « La Main à la Pâte ». C'est ce type de démarche qui peut avoir une forte répercussion et qui montre l'exemple.
N'oublions pas non plus que l'éducation n'est pas synonyme d'instruction. Les bases de l'éducation s'acquièrent en premier lieu dans la famille, dans le milieu propre de son pays, dans une tradition qu'on ne peut partager de façon immédiate avec quelqu'un d'autre et l'école vient en appui. C'est à travers la langue maternelle que l'individu « entre » en culture, en civilisation, en humanité. C'est le langage qui est vraiment fondamental, à l'origine de toute chose, même s'il existe d'autres langages essentiels.
Connaître une autre langue conduit l'individu à perdre sa superbe et à relativiser ses convictions. En effet, en maîtrisant une langue étrangère, on découvre que les autres ne posent pas les questions dans les mêmes termes ni selon des points de vue identiques.
Cette révélation conduit ainsi à s'interroger sur sa propre filiation, sur l'importance de son origine. Au delà des autres langages, n'oublions pas le langage scientifique et économique, le langage de l'art, le langage du corps, qui sont déterminants notamment dans la confiance en soi. Maîtriser son corps permet en effet d'être plus en harmonie avec soi-même et de progresser dans la vie. Dans cet esprit, l'école la plus importante est peut-être le jardin d'enfant. C'est dans cet espace que l'on apprend qu'il faut donner la main à l'autre pour traverser, et aller vers une autre partie du monde.