INSTITUT Veolia Environnement

La connaissance, pilier du Développement Durable

  • Sommaire
    • Les grands progrès de santé publique passent par une éducation à l'hygiène
      • Quatre expériences concrètes reliant les ressources en eau et les épidémies dans les pays en développement - Renaud Piarroux

Quatre expériences concrètes reliant les ressources en eau et les épidémies dans les pays en développement - Renaud Piarroux

Dans les pays en voie de développement le manque d'eau potable et l'insuffisance des mesures d'hygiène, créent les conditions favorables au développement des maladies diarrhéiques et des épidémies de choléra. L'expérience du terrain montre que l'accès à une eau potable de qualité est une arme efficace pour lutter contre ces épidémies.

Il existe une relation très nette entre la ressource en eau potable et le risque de maladies diarrhéiques

(épidémiques ou endémiques). Cette relation peut être illustrée par l'étude de quatre exemples concrets.

En 1994, après le génocide Rwandais, la défaite des Hutus a été à l'origine de l'exode d'un million de personnes. Ainsi, en quelques jours se sont créés à Goma, au Zaïre, des camps regroupant jusqu'à 200.000 réfugiés, dans lesquels l'hygiène s'est avérée précaire, pour ne pas dire inexistante. L'édification de ces camps sera immédiatement suivie d'épidémies d'ampleur exceptionnelle, en partie liées à un manque d'eau potable : au mois de juillet 1994, chaque réfugié ne disposait en moyenne, que de 0,2 litre d'eau potable (l'équivalent d'un seul verre d'eau). Il aurait fallu au minimum cinq litres, voire vingt litres. Les gens ont bien sûr continué à boire, mais dans des points d'eau utilisés pour tout (ménage, bain, défécation), multipliant ainsi les risques d'épidémies. Au total, ce sont plus de 10 000 personnes qui décèderont du choléra, pour un nombre de cas recensés (mais non exhaustifs) de 60.000. Le problème du choléra n'a pu être résolu que lorsque l'approvisionnement en eau potable a été accru.

Le deuxième exemple concerne la Grande Comore. Cette île est située dans une zone intertropicale, et au vu des paysages, ne paraît pas souffrir de pénurie d'eau. Pourtant, il n'y existe ni rivière, ni source, et les principales ressources en eau sont représentée par l'eau de pluie et par des mares d'eau saumâtre situées au niveau de l'Océan, appelés « piscines ». La plupart des villages sont donc sur la côte, à proximité immédiate de ces collections d'eau saumâtre. Le reste des ressources hydriques est produit par l'eau de pluie récupérée sur les toits et stockée dans des citernes (30.000 citernes pour 300.000 habitants). En 1998, le choléra, introduit par un voyageur, a rapidement diffusé en employant divers vecteurs, comme la transmission intra-hospitalière ou les rites funéraires. Mais c'est surtout le défaut d'hygiène corporelle et alimentaire consécutif à la pénurie en eau qui a joué le rôle principal. La lutte contre le choléra, a été centrée sur la préservation des rares ressources en eau potable, en particulier en traitant les citernes par le chlore. A la fin de l'épidémie, les villages les plus touchés étaient situés sur la côte à proximité des « piscines ». En revanche, les villages situés en altitude, où la seule ressource en eau provenait des citernes, ont connu bien moins de cas de choléra (2% de personnes hospitalisées contre plus de 10% dans les villages côtiers).

Dans les quartiers précaires de Côte d'Ivoire, l'eau est généralement issue de puits, dont la margelle est constituée d'un fût ou d'un pneu, et la puisette, d'une chambres à air usagée. L'eau puisée est consommée sans précaution hygiénique particulière. Un programme a été entrepris pour améliorer l'apport en eau potable, grâce à un réseau d'adduction et des branchements individuels et collectifs (bornes fontaines). Parallèlement, la population a bénéficié d'une information communautaire sur l'usage de l'eau et les mesures à prendre en matière d'hygiène. Cependant, en 2001, lorsque le programme a été évalué, on a remarqué que beaucoup des bornes fontaines étaient restés inutilisées, en particulier parce qu'elles n'étaient économiquement pas rentables pour les fontainiers. L'incidence des diarrhées des enfants, ainsi que les risques épidémiques, avaient fortement diminués là où les bornes fontaines étaient utilisées, mais restait identique là où elles n'étaient que peu ou pas utilisées.

Le dernier exemple concerne à nouveau Goma, où en 2002, l'éruption du Nyiragongo, a entraîné d'importantes coulées de lave au cœur de la ville : 100 000 personnes se sont retrouvées sans abri.

Les réseaux d'adduction d'eau ont été détruits, ainsi qu'une partie des dispensaires et hôpitaux.

Une mission de Médecins du Monde a donc été conduite, afin d'appuyer le système de santé.

Il s'agissait d'assurer la continuité des soins et de surveiller l'apparition d'éventuelle épidémies. En effet, depuis 1994 Goma avait connu plusieurs épidémies de choléra, y compris en l'absence de toute catastrophe naturelle ou liée à un conflit. La fréquentation des centres de soins avant l'éruption volcanique était très faible car la consultation était payante. Ainsi, du fait de la précarité induite par la catastrophe, les autorités sanitaires ont décrété la gratuité des soins pour une période de six semaines, avant de revenir à des soins payants, quoique moins coûteux qu'initialement. La surveillance épidémiologique a mis en évidence l'émergence de problèmes de diarrhées dans certains quartiers, mais aucune épidémie de choléra n'est survenue. En fait, dès qu'un cas était suspecté, les organisations travaillant à la fourniture d'eau étaient sollicitées et intervenaient immédiatement. Parmi ces intervenants, on peut noter la présence de Water Force, une association interne au groupe Veolia Environnement qui a travaillé en lien la Fédération Internationale de la Croix-Rouge. Ainsi, grâce au traitement en amont des problèmes de diarrhées, Goma n'a-t-elle pas connu d'épidémie de choléra en 2002.

Ces quatre exemples démontrent que l'eau constitue une arme efficace contre les maladies diarrhéiques et un bon outil pour lutter contre les épidémies, en particulier contre le choléra. Malheureusement, cet outil est encore trop rarement utilisé en situation d'urgence.

Des situations d'urgence dont on ne parle pas assez ...

En matière d'eau et d'assainissement, la situation se caractérise le plus souvent par une « urgence silencieuse ». Le taux de mortalité dans les pays en voie de développement, notamment, lorsqu'il n'existe pas d'accès à l'eau, reste extrêmement élevé. Diverses études démontrent que 2,5 millions de personnes meurent chaque année de ces déficits en eau. Le problème est profond. Il concerne en premier lieu les populations les plus pauvres : actuellement, trois milliards d'individus n'ont pas d'accès à l'eau. Les évolutions dans le futur ne feront qu'accentuer ces carences. Deux tiers des populations vivront en milieu urbain d'ici cinquante ans. Malheureusement, il ne s'agit pas d'un sujet très à la mode, les médias s'en désintéressent. Le problème réside dans l'engagement politique nécessaire et approprié afin d'y faire face, comme il conviendrait. Or, c'est un domaine qui n'attire pas les meilleures compétences possibles.
Darren SAYWELL Directeur de Programme du Water Supply and Sanitation Collaborative Council