- Accueil
- La connaissance, pilier du Développement Durable
La connaissance, pilier du Développement Durable
-
Sommaire
- Elargir la vision et bousculer les schémas...
- Il faut donner toute sa place à l'expertise scientifique dans la société- Philippe Kourilsky
- Elargir la vision et bousculer les schémas...
Il faut donner toute sa place à l'expertise scientifique dans la société- Philippe Kourilsky
L'augmentation des réglementations dans les domaines de la santé et de l'environnement se traduit très souvent par une augmentation parallèle des coûts économiques d'intervention. Ce processus réglementaire constitue une barrière pour les pays pauvres qui les empêche de régler leurs propres problèmes. Pour éviter ces obstacles, il faut faire une véritable analyse « coûts avantages » différenciée selon les contextes. La voie de l'éthique « contextuelle » doit donc être prise en compte. Dans cette recherche de la solution viable, la démarche scientifique reste alors un de nos leviers de progrès.
La régulation des grandes problématiques de santé et d'environnement pose toute la question du rôle de l'autorité réglementaire. Ce rôle trouve aujourd'hui son incarnation dans les grandes agences internationales qui possèdent des pouvoirs considérables parce qu'elles élaborent et contrôlent les différents standards imposés aux opérateurs sur le terrain.
Ces standards, parfois à juste titre, croissent de plus en plus et cela se traduit par une augmentation parallèle des coûts économiques d'intervention. Il s'agit d'un vrai problème pour les pays pauvres qui ne peuvent plus suivre cette course aux standards. Ces processus réglementaires peuvent les empêcher de régler leurs propres problèmes.
A titre d'exemple, l'Institut Pasteur du Cambodge vaccine gratuitement contre la rage avec un vaccin produit au Viet Nam dont l'OMS a recommandé la suspension. Il est vrai que ce vaccin, d'ancienne facture, n'est plus aux normes, et peut avoir des effets secondaires. Cependant, nous ne savons pas actuellement comment faire pour nous adapter à cette nouvelle situation parce que le nouveau vaccin coûte 50 fois plus cher que le précédent !
Par ailleurs, il est implicitement admis qu'augmenter les standards vise à améliorer la sécurité et constitue une démarche éthique, universellement acceptée. Mais ne faut-il pas se fonder sur une éthique qu'on qualifiera de contextuelle, par opposition à celle qui devrait s'appliquer partout dans les mêmes conditions ? Il y a de nos jours des affrontements violents sur cette question. L'exemple que je citerai à ce sujet est celui du vaccin contre le rotavirus. Après qu'il ait été administré à 500 000 enfants aux Etats-Unis, une vingtaine d'entre eux ont développé une maladie intestinal sévère, à un taux apparemment supérieur, mais de peu, à ce que l'on observe chez les non vaccinés. Du coup, le vaccin a été retiré du marché. Mais personne n'a proposé qu'il soit utilisé dans les pays en voie de développement, où 600.000 enfants meurent chaque année de l'infection par le rotavirus et de ses complications.
Que faire face à un tel dilemme ? Il faut, au minimum, aller beaucoup plus loin dans la mesure des coûts induits par les réglementations, y compris celles qui touchent aux aspects de sécurité. Il faut faire une véritable analyse « coûts avantages » dans les contextes différents où les enjeux existent. Le monde académique a une véritable responsabilité en la matière, pour faire avancer ce débat.
La solution que je préconise est donc de prendre en compte l'éthique contextuelle, et de ne pas s'appuyer exclusivement sur l'éthique universaliste. A la différence de William Dab, je crois que la précaution peut être, dans certains cas, un luxe de pays développés. Echanger la précaution contre la prévention est une véritable « fraude éthique ».
Partant de ces considérations qui associent les solutions aux enjeux locaux de santé et d'environnement, je m'appuierai sur l'activité du Réseau des Instituts Pasteur. Présent sur les cinq continents, ce réseau de collaboration internationale continue de se développer, notamment avec les pays en développement où se mène l'essentiel de l'action pour la santé et le développement pérenne, concernant notamment la lutte contre les maladies transmissibles, l'éducation sanitaire, les études d'épidémiologie, les actions de dépistage, de médecine préventive, de vaccination, d'hygiène et évidemment les actions en faveur de l'environnement dont on connaît les conséquences sanitaires.
Dans la pure tradition pasteurienne, nous considérons que la recherche scientifique doit jouer un rôle important dans les questions de développement. L'innovation scientifique constitue de fait l'un des moyens qui permettra aux sociétés de tendre vers cette « économie durable » que nous appelons de tous nos vœux.
Toutefois, je tempère mes propos en me rendant bien compte que la science, à elle seule, n'apportera pas toutes les solutions dans ce domaine. La recherche doit apporter sa contribution, ce qui ne signifie pas qu'elle est la seule voie possible.
En l'espace de dix années, des conférences de Rio à celle de Johannesburg, est née une prise de conscience des risques que font courir des modes de développement insuffisamment responsables à l'égard des ressources de la planète. C'est ainsi qu'est apparu un concept correctif de l'économie de marché à travers ce vocable de « durable ». Il vise à concilier le droit de chacun à la prospérité et le devoir de protection des biens collectifs, parmi lesquels figurent la santé, l'environnement, l'éducation. Il s'agit donc de maintenir une dynamique entre les progrès économiques et sociaux et les grands équilibres naturels qui conditionnent l'accès à ces biens collectifs.
Aujourd'hui, on peut s'interroger sur le fait de savoir si les progrès considérables de la science, notamment dans les sciences du vivant, vont produire des progrès d'une importance égale en matière de santé ? Et comment faire pour que les sciences de la vie puissent engendrer des connaissances supplémentaires utiles à la gestion de l'environnement ? On ne sera jamais assez conscient du fait que ce sont les pays du sud qui sont les premiers à pâtir de certaines de nos insuffisances. Nous sommes très préoccupés par les problématiques qui pourraient permettre de mieux traiter et de mieux soigner les fléaux qui les touchent. Pour plus de la moitié, les recherches menées à l'Institut Pasteur sur les maladies infectieuses concernent des maladies négligées, c'est-à-dire celles qui touchent des individus et des populations essentiellement insolvables. Il n'y a donc guère de perspective de marché ou de profitabilité directe. Progresser dans la prévention et le traitement de ces maladies négligées soulève nombre de problèmes, s'agissant notamment du développement clinique et pharmaceutique.
Le développement, s'il veut être durable, doit donc se fonder sur la coopération de tous les acteurs. Ceux-ci sont très nombreux. Ils relèvent de la sphère publique, internationale et privée. A ce titre, je me réjouis de l'association qui a pu naître avec Veolia Environnement. Elle symbolise le rapprochement entre un institut de recherche et un groupe industriel de très grande envergure internationale. De tels partenariats sont extrêmement utiles et doivent se développer, tant dans la réflexion en amont que dans l'action, en aval des activités de chacun.
La précaution n'est pas un luxe de pays riches |
| Le développement de la précaution repose aussi sur un renforcement des dispositifs scientifiques. Mais pour autant, la précaution n'est pas un luxe de pays riche, Il n'y aura pas durablement de précaution dans les pays du nord et un laisser-faire dans les pays du sud. |
|---|
| William DAB Directeur Général de la Santé, Ministère de la Santé/ France |
Eduquer pour lutter contre l'obscurantisme |
| Nous vivons dans une société plongée dans un obscurantisme bien organisé. Il est indispensable de tirer les enfants de cela, pour les conduire à raisonner. |
|---|
| Georges CHARPAK Prix Nobel de Physique, membre de l'Académie des Sciences et du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire |