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Rapport n°2 : Une approche intégrée de la contestabilité économique et sociale d'une entreprise
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Sommaire du rapport n°2
- L'échange de lots de ferraille sous la contrainte de phénomènes de défection et vigilance contestante
- La contestabilité économique du recycleur : actifs incorporels et différentiel d'expertise
- La crédibilité du recycleur et l'effort du collecteur
- La contestabilité économique du recycleur : actifs incorporels et différentiel d'expertise
- L'échange de lots de ferraille sous la contrainte de phénomènes de défection et vigilance contestante
La crédibilité du recycleur et l'effort du collecteur
Lorsqu'une asymétrie d'expertise prévaut entre le recycleur et le collecteur, elle offre a priori l'opportunité au recycleur de pratiquer une tarification abusive : lors de l'évaluation visuelle à laquelle il procède, l'acheteur peut annoncer une qualité inférieure à la qualité effectivement observée s'il constate qu'il fait face à un collecteur qui ne connaît pas très bien la nature des matières livrées.
Le problème du recycleur : ambiguïté de la tarification et engagement crédible
L'asymétrie d'expertise a pour premier effet de mettre en position de faiblesse un fournisseur qui dispose d'une expertise assez frustre. Ce fournisseur ne sait pas distinguer si la tarification pratiquée par l'acheteur relève d'une stratégie de tarification ajustée à la qualité du lot ou d'une stratégie de tarification abusive. Face à un collecteur émettant des doutes sur la tarification pratiquée, le recycleur peut utiliser son expertise pour justifier l'évaluation contestée. Disposant d'une connaissance supérieure des qualités, il peut aisément motiver le classement du lot dans une catégorie de qualité déterminée.
De ce fait, l'engagement du recycleur à corréler qualité observée et qualité annoncée et à payer le « juste prix » au fournisseur souffre a priori d'un manque de crédibilité. Il s'agit d'une conséquence directe du manque d'expertise du collecteur qui n'est pas en mesure de détecter les déviations du recycleur par rapport à la règle de tarification selon laquelle qualité réelle et prix seront systématiquement corrélés. Une seconde conséquence découle directement de l'asymétrie d'expertise : les différences de prix entre les divers lots d'un même fournisseur ou les différences observées d'un fournisseur à l'autre peuvent recevoir une double interprétation. Elles peuvent être perçues comme le signal d'une stratégie de tarification abusive ou discriminatoire (selon la formule consacrée : « ici, les prix sont à la tête du client ») ou comme le résultat d'un schéma de tarification ajustée recherchant une incitation fine des collecteurs.
La dépendance de la qualité des lots proposés par rapport à l'effort produit ex-ante par les opérateurs de collecte est un facteur qui va conduire le recycleur à tenir compte de la crédibilité de son engagement. La nécessité d'inciter les fournisseurs à produire des efforts de collecte et de tri est la raison pour laquelle le maintien d'un différentiel d'expertise est a priori défavorable aux deux parties à l'échange.
Les enjeux des efforts de collecte : la défection contestante
Il serait préjudiciable au recycleur que les collecteurs réduisent leur niveau d'effort. C'est pourtant ce qu'ils pourraient être incités à faire s'ils ont sentiment de ne pas être payés le bon prix pour les lots qu'ils apportent. Au minimum, les collecteurs ne collecteraient alors que des qualités faibles, préférant opter pour une activité de collecte visant la quantité plutôt que la qualité. La nature des flux collectés et livrés s'en ressentirait : les basses qualités facilement identifiables et accessibles à coût réduit constitueraient l'essentiel des flux captés et donc le contenu principal de l'offre des collecteurs. En plus d'une réduction de l'effort de recherche et de collecte, les fournisseurs pourraient également choisir de réviser à la baisse leur effort de tri des matières, laissant par la même occasion des déchets anormaux dans les lots à livrer, estimant « avoir déjà payé les déchets ».
S'il anticipe un niveau d'effort réduit et la présence potentielle de déchets dans les lots, l'acheteur pourrait alors choisir d'inclure une prime de risque dans sa tarification, c'est-à-dire concrètement d'abaisser les prix offerts. Le marché des ferrailles à recycler présenterait alors une évolution similaire à celle de la situation étudiée par Akerlof, tout en comportant un élément d'anticipation de hold-up de la part des fournisseurs sur leur effort : anticipant que le recycleur pourrait s'approprier les résultats de leur effort de qualité, en tarifant les lots offerts en deçà de leur valeur réelle, les fournisseurs ne proposeraient à l'échange que des lots de qualité faible dont les déchets anormaux ne seraient pas extraits. On aboutirait ainsi à un équilibre de marché sous-optimal : faible rémunération des fournisseurs et qualité basse des lots achetés par le recycleur, avec un coefficient de risque assez élevé du point de vue de la sécurité de son activité, des nuisances de voisinage et des risques collectifs environnementaux.
Si cette prédiction s'avérait pertinente pour un marché de ferrailles à recycler, les conséquences pour la filière de recyclage dans son ensemble seraient loin d'être négligeables : la diminution de la qualité des inputs a directement une influence sur la qualité de l'output (la ferraille recyclée) et sur la qualité des biens de consommation ou d'investissement réalisables à partir de cette matière première secondaire. De plus, le risque de dommage industriel encouru par le recycleur et les opérateurs aval s'accroîtrait en conséquence, de la même façon que les risques environnementaux. En bref, l'asymétrie d'expertise peut avoir un effet très négatif sur le bon fonctionnement des transactions sur le marché amont.