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Rapport n°2 : Une approche intégrée de la contestabilité économique et sociale d'une entreprise
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Sommaire du rapport n°2
- L'échange de lots de ferraille sous la contrainte de phénomènes de défection et vigilance contestante
- La filière de recyclage des métaux : un bref aperçu
- L'amont et l'aval de la filière
- La filière de recyclage des métaux : un bref aperçu
- L'échange de lots de ferraille sous la contrainte de phénomènes de défection et vigilance contestante
L'amont et l'aval de la filière
Pour la suite de l'analyse, il est utile de mettre en évidence quelques caractéristiques de la filière en opposant le marché amont (ou « marché des inputs ») et le marché aval de la filière (« marché des outputs »).
La qualité des matières est un élément clef dans la détermination du prix, que ce soit sur le marché amont (transactions recycleur/collecteurs) ou sur le marché aval (transactions recycleur/sidérurgiste). Les critères généralement utilisés pour définir les catégories de qualité sont les dimensions (longueur, largeur et épaisseur), la densité, les pourcentages acceptés de stérile et d'autres matières (Cu, SN, Cr, etc.). Les marchés amont et aval peuvent être différenciés par, respectivement, l'absence et la présence d'une convention de qualité sur les inputs achetés. Sur le marché aval il existe une classification générale et connue auxquels se réfèrent les différents agents économiques (« European Steel Scrap Specification »). Ces critères de qualité sont adaptés par chaque acheteur aval (sidérurgiste) en fonction des produits finaux qu'il produit ; il s'agit là d'un facteur de concurrence imparfaite. Sur le marché amont les fournisseurs ne peuvent pas se référer à une telle convention : les dénominations des qualités varient d'un recycleur (aussi appelé « broyeur » ou « préparateur ») à l'autre et la capacité d'identification de la qualité du lot est fortement conditionnée par l'expérience et la compétence acquise par les fournisseurs.
Les transactions sur les marchés amont et aval diffèrent également par les moyens de mesure de la qualité proposée à l'échange. Dans les deux cas, l'acheteur a recours à un réceptionnaire (plusieurs dans le cas des transactions sur le marché aval) qui évalue(nt) visuellement la qualité des lots. La différence essentielle entre ces deux marchés réside dans le fait que sur le marché aval, l'évaluation de la qualité n'est pas limitée à la seule évaluation visuelle. Quand cela s'avère nécessaire, le sidérurgiste de la filière considérée peut s'appuyer sur une mesure objective de la qualité portant sur les seuls lots de matières d'un fournisseur suspecté de ne pas respecter les critères de qualité en vigueur. La mesure précise de la qualité des matières enfournées peut faire l'objet d'un test préalable ou être réalisée au cours du processus de production. Par ce biais, la variation de la composition d'un lot peut être facilement mise en équivalence avec les différences de prix observées ; celles-ci sont donc aisément justifiables. Que ce soit dans les transactions amont ou aval, le non-respect des exigences de qualité se traduit par une sanction en prix, un décompte sur le poids valorisé, voire le refus pur et simple (exclusion définitive) du chargement et de toute transaction future.
L'existence de prix de référence est un autre critère de distinction à mentionner. Sur le marché aval, les agents peuvent s'informer sur les prix de référence et la valeur des métaux. Ces informations sont publiées et facilement accessibles. Sur le marché amont, l'information sur d'éventuels "prix de référence" ou "prix de marché" n'est pas publique.
Enfin, sur chaque marché, les acheteurs anticipent la présence possible de déchets dans les lots offerts et soulignent les risques que ces déchets font peser sur les outils de production ou sur la qualité du produit final. Cependant, le marché amont présente une spécificité qu'il faut souligner. La concentration des flux de ferraille va de pair avec une concentration de flux d'autres déchets « complémentaires » à l'objet de la collecte (par exemple : les pneus, les huiles, l'essence, les batteries sont des déchets complémentaires d'un VHU). Cette situation soulève a priori deux problèmes : d'une part l'absence éventuelle de filières en mesure de collecter et de traiter ces déchets(16) ; d'autre part, l'existence de coûts importants et de difficultés techniques et administratives que doit supporter un fournisseur pour se débarrasser du déchet complémentaire au produit collecté. Ajoutés à d'autres, ces deux problèmes intrinsèques à l'organisation des filières de recyclage donnent aux fournisseurs des incitations fortes à ne pas séparer le déchet complémentaire et les matières ferreuses qui sont collectées simultanément, voire à cacher du déchet dans les lots de ferraille.
Pour rendre compte des deux dimensions principales qui caractérisent le degré de contestabilité économique d'un opérateur de recyclage, l'argumentation procèdera séquentiellement, en partant de l'outil productif central à l'activité de recyclage de la ferraille : le broyeur. Cet outil est la pièce centrale de la transformation des matières : il permet de séparer la fraction ferreuse d'autres fractions et d'accomplir le recyclage proprement dit de la ferraille. Après broyage, le recycleur dispose en effet d'une matière première qui peut être vendue sur le marché aval.
Les déterminants économiques essentiels de la profitabilité de l'activité de recyclage sont, de façon très classique : (i) les coûts à supporter pour acheter les différentes matières à recycler (les coûts de transport, le prix d'achat de la matière à recycler et les coûts de manutention sur le site même de l'entreprise), (ii) la valeur des différentes fractions recyclables obtenues suite à la transformation de la ferraille et (iii) les coûts de transport et d'élimination des déchets non valorisables.
Partant de ce constat simple, nous considérons les actifs et les modes d'organisation économique des échanges qui influencent directement la profitabilité et la compétitivité d'une activité centrée sur le broyage des métaux ferreux.
(16) Voir par exemple les problèmes de mise en place d'une filière de recyclage des pneus.