INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°1 : "Développement urbain : les nouvelles contraintes"

Influence du niveau de développement sur les processus d'urbanisation

Lorsque l'on s'intéresse à la nature du développement urbain, il faut tout d'abord faire une distinction radicale entre les pays développés et les pays en développement.

Dans les pays développés, on observe un développement urbain quantitatif modeste, mais un développement urbain qualitatif réel et important. Un développement quantitatif modeste car la croissance du nombre de personnes s'installant en ville est nulle. Une situation qui provient du tarissement des deux sources d'accroissement de la population urbaine : la croissance générale de la population d'une part ; et les migrations des campagnes vers les villes d'autre part. Quatre-vingts pour cent de la population vivant déjà en ville, les campagnes ne sont plus un réservoir de population. Il faut à ce niveau remarquer que l'immigration peut, dans certains pays, être un phénomène quantitativement important. Pour l'instant, cela n'est pas le cas pour l'Europe d'une manière générale.

Les villes connaissent cependant un développement qualitatif important, et changent sous nos yeux selon trois grandes tendances. Tout d'abord on observe une augmentation du nombre de mètres carrés nécessaires à chaque habitant, travailleur ou résident. Ensuite il y a un renouvellement des infrastructures imposé par leur obsolescence. La simple observation des stocks ne suffit donc pas à donner une bonne interprétation des flux. Enfin on observe de plus en plus de déplacements entre agglomérations, ou à l'intérieur de chaque agglomération.

Cependant, on a tendance, en raison de l'augmentation de cette mobilité, à exagérer l'ampleur de l'étalement urbain (ou sprawl). Selon une certaine définition du sprawl, il n'y en aurait pas eu en France (hors agglomération parisienne) lors de la dernière décennie : en pourcentage, l'augmentation de la population au centre serait du même ordre de grandeur que l'augmentation de la population en périphérie (voir article de Rémy Prud'homme et Bernard-Henri Nicot : Urban sprawl in France in recent decades, juillet 2002).

Même aux Etats-Unis, il n'y a pas eu de désertification des centres urbains, mais un appauvrissement très net. Aujourd'hui, la population y est stable, et on observe même le retour d'une population plus aisée, et de nouveaux migrants, en particulier d'origine asiatique, qui augmentent le niveau de revenus. Dans de nombreuses villes françaises on constate que le niveau de revenus au centre est inférieur à celui de lapériphérie (à l'exception notable de Paris), donc un appauvrissement relatif des centres.

Dans les pays en développement, la situation est bien différente. on constate une diminution très nette des revenus des centres, et on a alors de véritables crises des centres urbains. Surtout, la population des villes augmente rapidement.

Aujourd'hui, les analyses démographiques effectuées par la plupart des organisations internationales, indiquent que le nombre de nouveaux urbains est de 70 millions par an, dont une très forte proportion dans les pays en développement. Actuellement, le cap de la moitié de la population mondiale vivant en ville a été dépassé , et les prévisions estiment à deux tiers la part de la population qui vivra en ville en 2025.

A ce niveau, il faut faire trois observations sur la croissance des villes dans les pays en développement.

Tout d'abord, il ne faut pas oublier qu'il existe de grandes disparités de pays à pays. Il est donc impossible d'établir des généralités sur le taux de croissance de la population (la Chine, dont la population est relativement stabilisée, n'a rien à voir avec l'Afrique) et sur le réservoir de population rurale (d'énormes différences existent entre l'Inde, où la population urbaine ne représente que 30% de la population totale, ou l'Afrique ou la Chine, d'un côté, et l'Amérique latine, qui est déjà fortement urbanisée, d'un autre côté).

Ensuite, il faut prendre conscience que l'urbanisation rapide des pays en développement est un phénomène transitoire et non exponentiel. La courbe d'urbanisation a nécessairement une allure logistique, avec une période de croissance urbaine rapide qui varie entre 10 et 30 ans.

Enfin, on observe que dorénavant, ce ne sont plus les très grandes villes qui se développent le plus rapidement. L'essentiel de la croissance urbaine se fait aujourd'hui dans les villes de 100 000 à un million d'habitants.