INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°1 : "Développement urbain : les nouvelles contraintes"

L'influence de l'habitat individuel

Au niveau sociologique, on peut s'intéresser aux motivations des ménages qui quittent les centres-villes ou qui s'en éloignent encore un peu plus.
L'installation des ménages en périphérie des villes s'explique au départ par les disponibilités foncières qu'on y trouve. En effet, l'une des logiques implacables de l'étalement urbain, c'est la recherche toujours plus loin d'un foncier moins cher. Ce facteur, combiné à une volonté forte d'accéder à la propriété, à une offre faible de quartiers denses et d'habitat collectif, ainsi qu'au rôle du logement comme fait de représentation sociale et à la représentation favorable de la maison individuelle au niveau de nos sociétés, influe fortement sur les « désirs » des ménages en ce qui concerne le type d'habitation.

La première attente du citoyen est en effet traditionnellement appelée «la volonté de l'habitat individuel ». En France, 56 % des résidences principales sont des maisons individuelles. Après une forte augmentation entre 1982 et 1990, l'habitat individuel a peu progressé dans les années quatre-vingt dix, mais il représente néanmoins 58 % des logements occupés construits depuis 1990.

Au niveau français, les différences de proportions de maisons individuelles entre les agglomérations s'expliquent pour une petite part par les différences de revenus des ménages. Ce facteur est cependant largement dominé par un autre à fondement clairement culturel. Avant le déclenchement du processus de périurbanisation, dans les années soixante, les agglomérations avaient au départ une structure d'habitat très différente selon les régions mais fort semblable avec celle des pays européens limitrophes. Sauf là où les contraintes du site ont contribué à contenir la périurbanisation, la maison individuelle s'est également diffusée dans les agglomérations où elle n'était pas particulièrement la tradition. Mais nous trouvons toujours la trace des traditions antérieures là où elles étaient bien marquées. Ces traditions correspondent à une production neuve en collectif plus présente dans l'Est ou le Sud-Est que dans le Nord ou l'Ouest, terre d'élection de la maison individuelle. A l'inverse nous constatons avec le cas de Bordeaux que malgré une moindre disponibilité foncière liée à la forêt et au vignoble, la tradition de la maison individuelle là où elle était ancrée ne s'est pas démentie. L'intensité de la périurbanisation semble donc ressortir aussi de facteurs culturels.

Cette volonté de l'habitat individuel révèle aussi une exigence accrue en matière de confort. Le calme, la tranquillité, l'intimité dans le logement sont des raisons invoquées lors du départ de l'habitat collectif, de même que le besoin d'espace et de nature. L'espace est en effet devenu un véritable élément de confort et les logements deviennent donc plus grands. Le nombre moyen de pièces par résidence principale est en effet passé de 3.08 en 1962 à 3.86 en 1999, alors que le nombre de personnes par ménage diminuait conjointement, passant de 3.1 personnes à 2.4.