INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°3 : Protection financière des infrastructures critiques

Perception du risque

A plusieurs reprises dans cet rapport nous avons mis en avant l'importance d'intégrer le facteur « perception du risque » dans l'analyse. Ce facteur est essentiel quand des risques catastrophiques sont en jeu. La notion de perception du risque intègre les éléments psychologiques et émotionnels, dont de nombreuses études ont montré le rôle déterminant sur les modes d'action des individus et des groupes. Les études menées par plusieurs des psychologues parmi les plus reconnus ont en effet montré que les événements moins familiers, perçus comme difficilement contrôlables dans leur ensemble et qui présentent un potentiel de sinistre à grande échelle, sont perçus par le public comme plus risqués. Les actes de terrorisme présentent de telles caractéristiques et sont donc plus sujets que d'autres à l'attention des médias et du public.

De plus, très souvent, les personnes ont une réelle difficulté à intégrer de manière effective dans leurs actions le facteur vraisemblance quand celle-ci est particulièrement faible. Cela pose donc la question de la communication de telles menaces avec le public (au sens large du terme). Pour cette raison, il est important de mieux comprendre comment la perception du risque terroriste influence les actions des personnes et des entreprises, par exemple dans leur choix de couverture d'assurance.

A titre d'illustration, dans les mois qui suivirent les attentats du 11 septembre, un très grand nombre d'entreprises opérant aux États-Unis (notamment dans le domaine de la construction) étaient concernées par la possibilité d'être elles-mêmes victimes directes d'un attentat, mais ne pouvaient trouver de couverture d'assurance à un prix abordable (début 2002, pas moins de 45 États américains autorisaient les compagnies d'assurance à exclure le terrorisme de leurs polices). Ces entreprises ont fait pression sur le gouvernement américain pour qu'il s'associe avec le secteur privé de l'assurance pour élaborer un programme de couverture d'assurance commerciale disponible partout. Ce programme vit le jour avec la loi TRIA fin 2002 (voir section suivante).

Néanmoins, trois années après ces attentats, et sans nouvelle attaque sur le territoire américain, moins de la moitié seulement des entreprises ont acheté une assurance contre le terrorisme. Une étude nationale publiée en 2003 par le Council of Insurance Brookers and Agents américain montrait ainsi que 90% des brokers interrogés disaient que leurs clients n'avaient pas acheté d'assurance terroriste pour la simple raison qu'ils n'en n'avaient pas besoin, ne pensant pas être une cible potentielle. (CIAB, 2003). Une autre étude, focalisée uniquement sur New York, et réalisée à l'automne 2003, deux ans seulement après le 11 septembre, révélait que seules 36% des firmes interrogées avaient acheté une assurance terroriste; 66% des firmes non couvertes donnaient la même raison de ne pas se percevoir comme cible potentielle pour expliquer leur choix de non couverture (Kaye, 2003).

La perception du risque joue aussi pleinement dans la manière dont le public juge la capacité des membres du gouvernement à gérer avec efficacité la menace terroriste.