INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°3 : Protection financière des infrastructures critiques

Les infrastructures critiques en question

L'émergence d'un plus large spectre de vulnérabilités (terrorisme, sabotages, conflits locaux, défaillances techniques, catastrophes naturelles) et l'interdépendance croissante des activités économiques rendent particulièrement vulnérables les grands réseaux vitaux (distribution d'eau, électricité, énergie, télécommunications, transports, services d'urgence et de santé, services de renseignements, services bancaires et financiers, etc.). Or, ces réseaux constituent la charpente de l'activité économique et sociale de tout pays. Etant de plus en plus interdépendants et opérant en flux tendu, leur mise en défaut peut avoir des conséquences catastrophiques sur un très grand nombre de personnes et d'entreprises.

En Europe, le débat sur la protection des grandes infrastructures critiques, au delà des questionnements purement technologiques, est encore naissant. Malgré l'occurrence de plusieurs événements particulièrement déstabilisant, l'optimisme reste de rigueur. En France, hormis quelques exceptions notables(1), les actions collectives dimensionnées à cette nouvelle échelle des risques demeurent très limitées. On peut d'ailleurs craindre qu'elles ne le restent sans une véritable impulsion nationale.

De l'autre coté de l'Atlantique, aux États-Unis, cette question est à l'agenda du plus haut niveau du pays depuis 1996. En 1997, le Président Clinton a établi la Commission Présidentielle sur la protection des infrastructures critiques, dotée de budget d'opération conséquent. Oeuvrant de concert en partenariat avec secteur public et entreprises privées, il s'agissait de mieux comprendre les grandes vulnérabilités que le pays pourrait devoir affronter, et s'y préparer(2). Cette dynamique de créations de nouveaux partenariats public-privé s'est poursuivie, puis affirmée comme un élément d'intérêt national.(3)

Je le soulignais déjà dans une interview donnée en 2003 au journal Le Monde : « le 11 septembre 2001 n'a fait que renforcer cette dynamique, avec par exemple la création du National Infrastructure Advisory Council (NIAC). Composé de 24 membres, majoritairement des PDG d'entreprises privées (American Airlines, Cisco, Intel, DuPont, Pfizer...), des représentants académiques et du gouvernement, ce conseil constitue un think-tank official sur les questions de sécurité des grandes infrastructures critiques. Le NIAC rapporte directement au président des États-Unis. »(4).

(1) Pour une initiative collective lancée en partenariat avec 30 pays après la crise de l'anthrax, voir Lagadec et Michel-Kerjan (à paraître).

(2) The Clinton Administration's Policy on Critical Infrastructure Protection: Presidential Decision Directive 63. May 22, 1998.

(3) Voir par exemple : Office of the President (2003) ; The National Academies (2002), 9/11 Commission (2004). Pour une analyse des enjeux stratégiques associés à la création et au développement de partenariats nationaux public-privé aux Etats-Unis, voir Erwann Michel-Kerjan (2003-a).

(4) Erwann Michel-Kerjan (2003), « Aux Etats-Unis, la menace terroriste reste dans tous les esprits » , Journal Le Monde, 13 juin.