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Rapport n°3 : Protection financière des infrastructures critiques
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Sommaire du rapport n°3
- Au matin du 11 Septembre 2001 : protection financière et nouvelles vulnérabilités
- Le 11 Septembre : l'assurance face à un terrorisme nouveau
- Au matin du 11 Septembre 2001 : protection financière et nouvelles vulnérabilités
Le 11 Septembre : l'assurance face à un terrorisme nouveau
Ce changement radical dans la nature de la menace terroriste s'est traduit tragiquement au matin du 11 septembre. En effet, les terroristes n'ont pas attaqué les États-Unis à l'aide de colis ou de voitures piégées, image traditionnelle du terrorisme s'il en est. Les attaques ne furent pas non plus orientées physiquement contre les infrastructures de transport aérien (attaque contre un avion ou un aéroport). Au contraire, ils ont détourné de son usage traditionnel un des grands réseaux vitaux du pays et, ce faisant, bénéficié de ses fantastiques capacités de maillage et de diffusion, pour propager une attaque à grande échelle, beaucoup plus déstabilisante et meurtrière.
Le matin du 11 septembre 2001, après que quatre avions aient été utilisés comme bombes volantes, chaque élément du réseau -chaque avion demeurant en vol- devenait un danger potentiel. L'incertitude associée au nombre d'avions détournés était un facteur aggravant et limitant pour la prise de décision des autorités. L'ensemble du réseau aérien étant potentiellement à risque, les autorités américaines n'ont eu d'autre choix que d'ordonner la suspension de tous les vols commerciaux sur l'ensemble du territoire, avec les répercussions que nous connaissons sur l'aviation mondiale ; c'était la première fois de l'histoire des États-Unis que le gouvernement prenait une telle mesure.
Il est d'ailleurs remarquable que les attaques à l'anthrax de l'automne 2001 présentent un cas similaire de détournement de capacité de diffusion de réseaux vitaux (réseau postal), plutôt que d'attaques directes contre ce réseau(17).
L'événement le plus coûteux de l'histoire de l'assurance
Les attaques terroristes du 11 septembre tuèrent plus de 3000 personnes et blessèrent plus de deux mille autres. La question de l'indemnisation des victimes et de leurs familles(18) ainsi que des entreprises, se posait donc à une échelle bien plus large que l'assurance n'ait jamais expérimenté auparavant.
Ces attaques ont en effet infligé des pertes économiques directes estimées à 80 milliards de dollars, dont 32,5 milliards couverts par les assureurs et réassureurs (150 au total)(19) (Hartwig, 2004). A titre de comparaison, les trois attentats les plus coûteux pour l'assurance jusque là étaient l'attentat à la bombe à Londres le 24 avril 1993, celui de Manchester le 15 juin 1996 et celui contre le World Trade Center à New York le 26 février 1993. Ces trois attentats causèrent des pertes assurées de 900, 750 et 725 millions de dollars respectivement (prix indexé 2001).
Pour mettre ce chiffre de 32,5 milliards de dollars de pertes assurées en perspective, figurent dans le Tableau 2 les 10 plus grandes catastrophes d'origine naturelle et humaine survenues ces trente dernières années. Le classement est établi en termes de montant de remboursements d'assurance. Il est notable que toutes ces catastrophes, sauf les attaques de 2001, sont d'origine naturelle.
(17) Dans le cas de la crise de l'anthrax, chaque enveloppe étant possiblement contaminée à l'anthrax, le degré réel de contamination du système était inconnu. L'ensemble du service postal américain étant donc potentiellement à risque, l'éventualité d'ordonner sa fermeture complète fut également sérieusement considérée. L'USPS, premier service postal au monde, traite aux États-Unis quelques 680 millions de lettres et colis par jour ; l'arrêter ne serait-ce qu'une semaine pour tenter de mieux comprendre les sources et le degré de contamination du système, c'est accepter de devoir relancer un réseau avec plus de 4 milliards de pièces en attente de traitement, et s'ajoutent également les effets indirects sur l'ensemble des réseaux postaux mondiaux. Quelques jours plus tard, l'Europe était elle aussi en état d'alerte, obligée de repenser les modes d'intervention non plus à une échelle nationale (ou même locale), mais bien au niveau européen, nécessitant une coordination entre multiples acteurs (gouvernements, dirigeants des opérateurs de réseaux, représentants des employés, utilisateurs de ces réseaux vitaux, assureurs, etc). Voir Boin, Lagadec, Michel-Kerjan et Overdijk (2003).
(18) Le Federal Victim Compensation Fund, établi immédiatement après les attaques pour indemniser les victimes et les familles de victimes, a versé 5 milliards de dollars d'indemnisations à ce jour (Smetters, 2004).
(19) Comme nous l'avons vu, le terrorisme n'était généralement pas exclu des polices d'assurance commerciale aux États-Unis avant ces attaques.
En additionnant les remboursements d'assurances (32,5 milliards de dollars) au montant d'indemnisations octroyé par le gouvernement fédéral américain à travers l'établissement du US Federal Victim Compensation Fund to victims of 9/11 (près de 5 milliards de dollars(20)), le montant total des indemnisations liées aux attentats du 11 septembre 2001 avoisine les 40 milliards de dollars (hors dons privés aux associations de victimes). Ce montant est presque le double de celui octroyé après l'ouragan Andrew qui dévasta les côtes de Floride en 1992, et constituait jusque là l'événement le plus coûteux pour l'assurance. Il est cinq fois supérieur aux indemnisations octroyées en France après les grandes tempêtes de décembre 1999 (assurances privées tempêtes et système Cat.Nat pour les dégâts suite aux inondations consécutives aux tempêtes).
Un élément essentiel des attaques du 11 septembre pour les assurances fut l'hyper-correlation des dégâts : plusieurs lignes de portefeuille, à la sinistralité d'ordinaire peu corrélée, ont fortement été touchées en même temps. La figure 1 montre la décomposition de ces 32,5 milliards par ligne de portefeuille: indemnisation des salariés, assurance vie, assurance maladie, responsabilité, couverture aérienne, interruption d'activité, etc.
Notons également, que la configuration de ces attentats fut telle que la ligne de risque la plus durement touchée ne fut pas les dommages aux biens (les deux tours) mais les remboursements des pertes économiques liées aux interruptions d'activités : 11 milliards de dollars, soit un tiers du montant total des pertes assurées.
(20) Smetters (2004).