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Rapport n°3 : Protection financière des infrastructures critiques
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Sommaire du rapport n°3
- Au matin du 11 Septembre 2001 : protection financière et nouvelles vulnérabilités
- Le 12 Septembre : le risque terroriste sans assurance
- Au matin du 11 Septembre 2001 : protection financière et nouvelles vulnérabilités
Le 12 Septembre : le risque terroriste sans assurance
Au lendemain du 11 septembre, l'industrie de l'assurance et de la réassurance a donc été confrontée à des montants de remboursement sans précédent, posant très clairement la question de leur engagement dans le futur. En particulier, les réassureurs -la plupart européens- ont dû supporter près des deux tiers du total des pertes assurées (Lehman, 2004).
Gardons ici à l'esprit que les événements du 11 septembre 2001 vinrent s'ajouter notamment à une série de catastrophes naturelles plus nombreuses et plus lourdes financièrement au cours des 15 dernières années. La figure 2 montre l'évolution mondiale des montants de remboursement d'assurance (et réassurance) depuis 1970. Il apparaît très clairement d'après ces données que la décennie 1990 révèle un changement radical dans l'occurrence de catastrophes naturelles particulièrement coûteuses pour les assureurs, plusieurs d'entre eux ayant d'ailleurs été obligés de déclarer faillite après de grands événements tels que l'ouragan Andrew de 1992 ou le tremblement de terre en Californie en 1994. A titre indicatif, près de 80% des 45 événements les plus coûteux sur la période 1970-2004 sont survenus entre 1990 et 2004.
Ajoutons que la plupart des grands réassureurs avaient investi lourdement leurs portefeuilles dans les marchés financiers à la fin des années 90. La chute des cours a également eu un effet marqué sur leur propre capacité financière et leur liquidité. Souffrant de ces deux effets -catastrophes naturelles plus coûteuses et chute de la valorisation de leurs actifs financiers-, la plupart d'entre eux décidèrent de très fortement réduire leur couverture terroriste immédiatement après le 11 septembre et de pratiquer des tarifs très largement à la hausse, voire même de ne plus couvrir le terrorisme du tout jusqu'à nouvel ordre.
Par effet de cascade, les assureurs qui avaient transféré une part de leurs risques aux compagnies de réassurance, se voyaient alors face à un risque révélé associé à des pertes potentielles extrêmes, et une capacité de réassurance considérablement réduite. En réponse à cette situation, l'industrie de l'assurance a immédiatement limité l'offre de couverture (ce qui ne constitue pas une défaillance de marché en soi, mais plutôt une réaction à un choc spécifique : pertes importantes, capacités réduites, révision à la hausse des potentialités de catastrophes, augmentation des prix de la réassurance) voire refusé de reconduire, dans la mesure des régulations en place dans le pays, après leur date d'échéance, les polices d'assurance couvrant contre les risques d'attentats(21).
En France, les assureurs ont d'abord annoncé à l'automne 2001 qu'ils ne reconduiraient pas au-delà du 31 décembre (date d'échéance de la plupart des contrats) un certain nombre de polices dès lors jugées trop risquées. Or, sans cette reconduction, de nombreuses entreprises auraient non seulement été dans l'incapacité de trouver une couverture contre le risque terroriste, mais aussi d'être couvertes en dommages responsabilité, les deux couvertures étant indissociablement liées depuis la loi de 1986. Cette réaction a obligé le Trésor à s'impliquer dans des négociations avec la sphère privée de l'assurance, afin d'établir un programme de couverture commerciale effectif au 1er janvier 2002.
Ajoutons qu'il est possible pour des réassureurs de se désengager d'un marché plus facilement que pour les assureurs, ces derniers devant se conformer à des régulations plus nombreuses et plus contraignantes dans le pays où ils opèrent(22).
(21) A titre d'exemple, Axa décide dès le mois d'octobre 2001 de se désengager d'un contrat qu'il avait signé avec la Fédération internationale de football pour couvrir le risque d'annulation de la Coupe du monde de football 2002 au Japon et en Corée (plus de 900 millions d'euros de couverture). Notons que la couverture est aussitôt prise en charge par le financier et assureur américain Warren Buffet, illustrant bien le fait qu'un risque jugé non assurable pour certains ne l'est pas forcement pour tous.
(22) Par exemple, suite au tremblement de terre de Northridge en Californie en 1994, qui infligea plus de 17 milliards de dollars de pertes assurées (prix 2002), nombre d'assureurs voulurent se désengager de ce marché désormais juge trop risqué. Néanmoins, le Congrès de Californie vota une nouvelle loi interdisant à tout assureur opérant dans cet État de se désengager de plus de 5% de son portefeuille par an pour la couverture contre les séismes.