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Rapport n°4: Combien dépenser pour la Protection de la Santé et de l'Environnement
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Sommaire du rapport n°4
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Conclusions
J'ai présenté une introduction de la méthodologie IPA (Impact pathway analysis) d'ExternE ainsi que certains résultats typiques quant aux impacts sur la santé et aux coûts des dommages par kg de polluant. En raison des grandes incertitudes, le lecteur pourra se demander si ces résultats peuvent être utiles pour la prise de décision. La première réponse est qu'une incertitude d'un facteur de trois vaut mieux qu'une incertitude infinie. Deuxièmement, dans de nombreux cas, les bénéfices sont soit tellement plus grands soit tellement plus faibles que les coûts que le choix préféré apparaît clairement, même en tenant compte de l'incertitude. Troisièmement, si les décisions sont prises sans biais significatif en faveur des coûts ou des bénéfices, certaines des décisions seront erronées, tantôt en faveur des coûts, tantôt en faveur des bénéfices. Rabl, Spadaro & van der Zwaan [2005] ont étudié les conséquences de ces erreurs sans biais et ont trouvé un résultat très rassurant : le coût social résultant de l'incertitude est remarquablement faible, dans la plupart des cas, inférieur à 10 ou 20% même lorsque le coût des dommages supporte une erreur de facteur trois. Mais en l'absence de toute connaissance du coût des dommages, le surcoût social (comparé au coût social minimal qui serait encouru avec une connaissance parfaite) pourrait être très élevé.
Une des implications de ce résultat est qu'on ne devrait pas, au nom du principe de précaution, exagérer les estimations des dommages à l'environnement. Il y a encore une autre raison pour laquelle cette exagération devrait être évitée, c'est le phénomène « la pauvreté tue » que nous avons dé jà évoqué plus haut. Comme le montre Keeney [1995], toute dépense de protection de la santé publique dépassant 5 à 12 millions de $ par vie sauvée est en fait contre-productive parce qu'elle induit une perte plus grande dans d'autres secteurs de l'économie.
Bien entendu, dans de nombreux cas, sinon dans la majorité des décisions portant sur l'environnement, les coûts et bénéfices quantifiés ne sont pas les seuls critères. Les autres critères devraient être pris en compte dans une AMC (analyse multicritères), en faisant de préférence intervenir les parties prenantes. La règle fondamentale du cadre d'analyse que j'ai présenté est : quantifiez le plus possible, puis utilisez une AMC pour tous les autres impacts qui sont trop incertains ou défient toute quantification. L'avantage d'une évaluation monétaire est qu'elle simplifie considérablement l'AMC en combinant un grand nombre de catégories d'impacts différents et évitant ainsi un nombre ingérable de critères. La pertinence de cette approche a été démontrée dans le projet SusTools [Rabl et al. 2004a] en organisant des workshops avec des parties prenantes concernés par nos résultats sur les impacts des engrais azotés et sur le traitement des déchets [pour un rapport détaillé sur le traitement des déchets, voir Zoughaib & Rabl 2004].
Il est évident que des travaux supplémentaires seront nécessaires pour compléter et fiabiliser ce cadre d'analyse. Le coût des dommages doit être calculé pour d'autres polluants, d'autres sites et parfois, d'autres voies d'impact, et les estimations existantes doivent être améliorées.