INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°4: Combien dépenser pour la Protection de la Santé et de l'Environnement

Hypothèses

Dans la mesure où la comparaison fait appel à une ACV, il faut commencer par définir les limites de l'analyse. Le choix le plus légitime est de commencer au point de collecte et de tri des déchets. C'est de là que les déchets sont acheminés vers la décharge ou l'incinérateur ; nous avons inclus les émissions dues aux différences possibles entre les distances de transport en adoptant une distance hypothétique de 100 km, à titre d'exemple. Outre les émissions de polluants des décharges ou incinérateurs, les émissions évitées par récupération d'énergie et de matériaux sont également prises en compte, sur la base des données d'ACV de l'ADEME [2000]. Les hypothèses d'analyse figurent au Tableau 5.

Les principales émissions des décharges sont le CH4 et le CO2. La Fig.6 fait apparaître l'ensemble des émissions de gaz à effets de serre d'une décharge d'ordures ménagères en fonction du temps. Le CH4 est exprimé en équivalent de CO2, en utilisant un GWP (global warming potential) de 20. Il convient de noter que les décharges modernes sont divisés en un grand nombre de compartiments, remplis les uns après les autres et scellés une fois remplis. Le temps considéré dans la Fig.6 est calculé à partir de la date de clôture d'un compartiment.

Des émissions peuvent également se faire en direction des sols et de l'eau. Les émissions vers les sols peuvent provenir des mâchefers, des fuites de lixiviats à travers les revêtements de protection sous la décharge, et des sites de stockage des cendres volantes d'incinérateur. Les émissions vers l'eau résultent de certains types de traitement de fumées des incinérateurs et de l'extraction de lixiviats sous la décharge. Les émissions vers les sols sont difficiles à évaluer parce qu'elles dépendent de l'intégrité future des revêtements. Si la décharge est gérée conformément à la réglementation et s'il n'y a pas d'accident, il n'y doit pas y avoir d'impact de cette nature dans l'avenir prévisible parce que l'opérateur a l'obligation de maintenir et protéger l'installation pendant trente ans après sa fermeture. Dans tous les cas, ces impacts resteraient limités au voisinage immédiat de la décharge, à l'exception possible de sites subissant des débits importants de la nappe phréatique. Dans cet article, il n'a pas été tenu compte des lixiviats.

Les coûts de dommages et la comparaison entre décharge et incinération s'avèrent très sensibles aux hypothèses concernant la récupération d'énergie. C'est pourquoi nous avons considéré un assez grand nombre de scénarios/options (elles sont représentées dans la figure par des indications comme E=c+o) :

Pour l'incinération:

  • Récupération de chaleur et d'électricité, pour des installations caractéristiques en France, selon l'ADEME [2000] (E=..., H=...),
  • Récupération d'électricité (E=...),
  • Récupération de chaleur (H=...);

Pour les décharges :

  • Pas de récupération d'énergie,
  • Récupération d'électricité, par moteur (moteur alternatif) (E=...),
  • Récupération d'électricité, par turbine (E=...),
  • Récupération de chaleur (H=...).

Pour la récupération d'électricité, nous faisons l'hypothèse d'une demande toute l'année, donc de l'utilisation de la totalité de l'électricité. De même pour la récupération de la chaleur, nous avons pris en compte une demande toute l'année (charge de chaleur de certains process industriels ou systèmes de chauffage de certains districts ayant une demande toute l'année comme Paris ou Vienne), donc sans perte de chaleur. Une demande toute l'année est indispensable pour une bonne récupération parce que la production de déchets est assez constante.

Pour chacun de ces scénarios, nous avons considéré plusieurs variantes (indiquées dans les légendes) :

  • L'électricité récupérée remplace des centrales thermiques à charbon ou au fioul, 50% chacune (E=c+o),
  • L'électricité récupérée remplace des centrales nucléaires (E=n),
  • La chaleur récupérée remplace des systèmes de chauffage à gaz ou au fioul, 50% chacun (H=g+o),
  • La chaleur récupérée remplace des systèmes de chauffage au fioul seulement (H=o).

H indique les sources d'énergie évitées par la récupération de chaleur, E celles évitées par la récupération d'électricité, c indiquant le charbon, o le fioul, g le gaz naturel et n le nucléaire. Par exemple, (E=c+o, H=c+o) désigne un système produisant de la chaleur et de l'électricité, chacune remplaçant un mélange de combustibles 50% charbon et 50% fioul. Il convient de noter qu'aux fins de cette analyse, le bénéfice de la récupération d'électricité est pratiquement nul s'il remplace l'électricité nucléaire parce que le coût des dommages du nucléaire est très faible en comparaison de celui du fioul ou du charbon ; par conséquent cette option équivaut pratiquement à une absence de production électrique en ce qui concerne les coûts de dommages.