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Rapport n°4: Combien dépenser pour la Protection de la Santé et de l'Environnement
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Sommaire du rapport n°4
- Évaluation monétaire
- Mortalité
- Évaluation monétaire
Mortalité
Pour l'évaluation des accidents le paramètre pertinent est ce qu'on appelle la "valeur de la vie statistique" (VVS). Les valeurs généralement préconisées lorsqu'il s'agit de décisions publiques se situent aux alentours de €1 à 5 millions. Des phases antérieures d'ExternE [1998, 2000] utilisaient des valeurs de l'ordre de €3 millions, choisies en tant que moyenne des études VVS européennes. Plus récemment, une nouvelle étude d'EC par ExternE [2004] ramenait ce montant à €l million. Pour les cancers ExternE [2004] utilise la valeur de €2 millions, c'est-à-dire supérieure à la VVS, ayant constaté que les personnes interrogées étaient prêtes à payer plus cher pour éviter une mort par cancer.
Par contre, pour l'impact de mortalité par NOx, SO2, PM et 03, essentiellement cardio-pulmonaire, la VVS n'est pas pertinente parce que la perte d'espérance de vie (EV) par décès prématuré est beaucoup plus courte que pour un accident. En outre, on peut démontrer [Rabl 2003] que le nombre total de décès prématurés dus à la pollution atmosphérique ne peut même pas être déterminé. L'une des raisons est que la pollution atmosphérique ne peut être identifiée comme cause d'une mort individuelle; c'est une cause qui contribue mais non pas une cause primaire de décès. Des études épidémiologiques de la mortalité totale (et non aiguë) par pollution atmosphérique ne peut discriminer entre un résultat observé qui serait dû à quelques personnes perdant une EV importante ou à beaucoup de personnes perdant peu. Il est tout à fait vraisemblable que la vie de chacun est abrégée dans une certaine mesure par la pollution, auquel cas tous les décès seraient dus à la pollution. Le nombre de décès n'est donc pas un indicateur significatif de la mortalité totale par pollution de l'air (même si un certain nombre d'auteurs n'ont pas compris cela et ont donc publié des chiffres). Il faut utiliser la perte d'EV qui est l'indicateur correct.
Pour effectuer l'évaluation, il faut disposer de la valeur d'une année de vie (VAV). Contrairement aux centaines d'études VVS effectuées dans de nombreux pays industrialisés, la VAV a été peu étudiée jusqu'à très récemment. Un pas important a été franchi par Krupnick et al [2002] qui ont mis au point un questionnaire spécial pour l'EC de la mortalité causée par la pollution atmosphérique qui a été utilisé par ses auteurs dans plusieurs pays (Canada, Japon et Etats-Unis). Plus récemment, ce questionnaire a également été appliqué en France, Italie et le Royaume-Uni [ExternE 2004]. L'application en France [Desaigues et al 2004] comportait non seulement le questionnaire original de Krupnick et al, mais également plusieurs variantes, tout particulièrement les variantes servant à formuler la question sous forme de gain en EV (plutôt qu'en risque de décéder dans la version originale). Un point primordial qu'il est nécessaire d'élucider très soigneusement dans un questionnaire tel que celui-ci est que la mortalité due à la pollution atmosphérique n'est pas simplement la suppression de quelques mois de détresse en fin de vie, mais plutôt un « vieillissement accéléré ». En se basant sur les résultats obtenus en France, Italie et le Royaume-Uni, ExternE [2004] utilise maintenant une valeur d'année de vie (VAV) de € 50 000.
Toutefois les incertitudes restent très grandes : un facteur de deux environ dans les deux sens. En outre, très peu, voire aucune information sur la VAV n'est disponible pour les pays en voie de développement. Le manque de données VAV est particulièrement troublant pour des pays tels que la Chine ou l'Inde qui sont de plus en plus soucieux de leur pollution atmosphérique. Une limite supérieure pour la VAV a pu être calculée récemment par Heck [2004] qui a étudié la corrélation entre l'espérance de vie et le PIB par personne (corrigé pour le pouvoir d'achat) pour presque tous les pays, voir la Fig.4. Le coût d'une réduction de la pollution se paie par une réduction du revenu disponible, ce qui à son tour entraîne une augmentation de la mortalité - la « pauvreté tue », phénomène déjà analysé par Keeney [1995], même s'il s'agissait de VVS (et uniquement pour les Etats-Unis) et non de VAV (et pour tous les pays) comme le fait Heck. Si une politique coûte plus que la limite supérieure définie par Heck par année de vie sauvée, l'effet net est une baisse de l'espérance de vie. Généralement, la limite supérieure de Heck pour la VAV est de l'ordre de 3 à 10 fois le PNB par personne (ajusté pour la parité du pouvoir d'achat).
Pour une autre perspective sur la valeur monétaire d'une VAV, on peut examiner les données concernant les dépenses réelles pour la réduction des risques dans différents secteurs (transport, santé publique, etc.). Un ensemble de données très complètes pour les Etats-Unis a été réuni par Tengs et al [1995]. Des données analogues pour la Suède ont été publiées par Ramsbergt et Sjöberg [1997]. Pour réduire les dépenses médicales et celles relatives aux accidents mortels, le coût par année de vie sauvée est de l'ordre de $20 000 en Suède et $40 000 aux Etats-Unis. Toutefois pour lutter contre les cancérigènes environnementaux, le coût médian est de deux ordres de grandeur plus élevé aux Etats-Unis.
Vu le manque de données fiables et généralement acceptées pour la VAV, une autre perspective peut être plus révélatrice, en demandant par exemple combien une personne rationnelle serait disposée à payer pour une année de vie supplémentaire, l'aspect rationnel étant interprété comme la maximisation de l'utilité pendant la vie entière. Ceci a été fait dans un article récent de Rabl [2004], qui a évalué une politique dont le coût serait financé par un versement annuel égal pour toute la population, sous forme d'un impôt direct ou par l'augmentation du coût de la vie. Il y a un équilibre à trouver entre le gain d'utilité dû à une de vie plus longue et la perte d'utilité due à une consommation réduite. Le choix rationnel correspond à maximiser l'utilité pendant une vie entière. La VAV rationnelle s'avère être la perte en consommation rapportée au gain optimal d'espérance de vie. La VAV qui en résulte est égale au PIB par personne, multiplié par un facteur de l'ordre de 0.5 à 2, suivant le taux d'actualisation et la variation de la qualité de la vie avec l'âge. Cette approche est particulièrement intéressante pour les pays en voie de développement où aucune autre donnée sur la VAV n'est disponible.
Les résultats de ces différentes études sont repris dans le tableau 2. Dans la mesure où les VAV utilisées par ExternE ont évolué au cours des années, diverses publications présentent des résultats différents pour le coût des dommages. Ces différences sont d'autant plus grandes que se sont produits en même temps des progrès considérables en épidémiologie qui ont amélioré les FDR. Toutefois les changements en €/kg de polluant qui découlent de ces évolutions restent confinés dans les intervalles d'incertitude estimés.