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Rapport n° 7 : Le rapport Stern
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Sommaire du rapport n°7
- Trois questions autour du Rapport Stern
- Le message « Stern » sur les dommages climatiques est-il crédible ?
- Un diagnostic précis et inquiétant sur la réalité des risques
- Le message « Stern » sur les dommages climatiques est-il crédible ?
- Trois questions autour du Rapport Stern
Un diagnostic précis et inquiétant sur la réalité des risques
La polarisation des débats sur la valeur actuelle des dommages a pu faire oublier que N. Stern fournit une synthèse impressionnante sur les liens entre changement climatique et vulnérabilité des économies. Les évaluations quantitatives sont nécessairement fragiles mais les mécanismes sont bien décrits par lesquels il y a peu de chances que nos sociétés s'adaptent sans heurt à des évolutions rapides d'autant plus probables après les récentes révisions à la hausse de la sensibilité du climat (possibilités de réchauffement de 10° C). On peut résumer en quelques points les principaux vecteurs de risque, tels qu'ils apparaissent dans le rapport, en sus des grandes catastrophes comme le ralentissement de la circulation thermohalyne dans l'Atlantique Nord.
L'eau, un vecteur majeur de fragilité
Les différences en disponibilité d'eau se creusent dangereusement : perte de 30% en Afrique Subsaharienne et Amérique du Sud pour un réchauffement de 2°C (40% à 50% pour 4°C) et une hausse de 10 à 20% pour la Russie, l'Asie du Sud et l'Europe du Nord. Environ 1.4 milliard d'individus vont souffrir de stress hydrique (Afrique, Moyen-Orient, Europe du Sud, certaines régions de l'Amérique Latine)1.
À partir de ce tableau global, on retient sans surprise :
- les conséquences de la fonte des glaciers pour la disponibilité en eau (500 Millions d'habitants touchés dans la vallée du Gange, 250 M en Chine, 10 M dans les Andes) et pour les infrastructures (déversements brusques des lacs de glacier qui ont détruit 14 ponts du Projet Hydraulique du Namche en 1985),
- les évènements extrêmes (longues sécheresses et inondations) ; au-delà des coûts en infrastructure, Stern insiste sur des paramètres moins tangibles comme des structures sociales adaptées à tel ou tel rythme pluviométrique (en Inde par exemple pour les cycles jusqu'ici relativement réguliers de la mousson),
- effets conjoints sur la productivité agricole de la raréfaction de l'eau, de l'affaiblissement de pollinisateurs traditionnels, de prolifération d'insectes, et de la montée des vagues de chaleur.
1 Stern retient un seuil de 1000 m3/hab/an pour un stress sévère, et de 500 pour une pénurie absolue avec de 20 à 50% disponible pour les usages humains, 30% « perdu » et 20% à 50% utilisé par les écosystèmes.
Alimentation, des tensions croissantes
Au XXI° siècle l'agriculture continuera à faire vivre la forte fraction de la population mondiale qui vit sous les 2$/j et le poids social de ce secteur va bien au-delà des 3% à 5% du PIB économique qu'il représente dans les économies développées, ne serait-ce que par l'impact qu'aurait une forte hausse des prix des produits alimentaires sur le pouvoir d'achat des ménages. L'extension de la saison de culture, des aires disponibles et l'effet fertilisant du carbone dont on bénéficie pour un réchauffement de 1°C sont plus que compensés par les perturbations dues à la modification du cycle de l'eau. La production céréalière mondiale baisserait de 5% pour + 2°C et de 10% pour + 4°C (sans prise en compte des évènements extrêmes et de la hausse des concentrations en O3 troposphérique, découlant des pluies acides en Asie où le charbon dominera). Le pays le plus fragile est l'Australie (qui vit sa plus longue sècheresse, soit six ans de 2001 à 2007, dans la région sud et sud-est où se concentrent 85% des cultures irriguées du pays). L'Afrique, l'Asie Occidentale verraient leur production baisser de 25% à 35% pour 3° à 4° C de hausse de température moyenne, et la famine toucherait 500 M d'individus de plus. A ceci on doit rajouter l'acidification des océans qui menace la formation de coquillages et squelettes ; une baisse de 0.15 unités de pH (pour 560ppm) affecterait gravement la chaîne trophique maritime en particulier par l'arrêt de la formation de corail. Or un sixième de la population mondiale dépend des produits de la mer.
Santé humaine
Comme pour l'alimentation, on se retrouve ici avec des gains dans certaines régions (baisse de la mortalité par le froid dans les régions nordiques) et des dégradations dans les régions déjà chaudes (l'OMS/WHO évalue à 150 000 par an le nombre moyen de morts supplémentaires dus au changement climatique depuis 1970). Le réchauffement climatique modifie l'extension géographique des pandémies et l'eau en est un vecteur important, en particulier pour la croissance des maladies tropicales (après l'ouragan Mitch en 1998, le Honduras a connu une hausse de 30 000 des cas de malaria et de 1000 des cas de fièvre "dengue") et des morts par accidents (déshydratation et noyades). Un autre facteur de risque est l'extension des zones proches des limites de tolérance pour les humains comme dans la plaine du Gange (45° C de moyenne journalière). Alors qu'on peut toujours arguer qu'il est possible de limiter les coûts des maladies tropicales via des diffusions gratuites de médicaments (ce qui suppose que soient réglées des controverses avec l'industrie du médicament), on a ici un dommage auquel on ne pourra répondre que par déplacement des populations (150 à 200 M en 2050).
Coûts d'infrastructures et chocs systémiques
C'est ici un des messages centraux du rapport qui montre les similitudes et différences entre pays en développement et pays développés et débouche sur la notion de « choc systémique » via les migrations, la fragilisation de l'assurance et des systèmes financiers :
- Augmentation du niveau des mers : 200 M d'habitants vivent dans les plaines côtières et on évalue à 1000 milliards d'euros la valeur du capital sous la ligne de un mètre au dessus du niveau actuel de la mer. On y trouve aussi bien 22 des 50 plus grandes villes mondiales (dont Londres et New-York) qu'un quart de la population du Bangladesh. Le rapport évalue entre 7 à 70 M de personnes inondées chaque année pour 3°C de réchauffement et entre 20 à 300 millions pour
4°C, ce qui nécessite bien sûr de coûteuses mesures de protection. Les principales zones de fragilité sont le Bangladesh, le delta du Nil, les iles des Caraïbes et du Pacifique. - Evènements extrêmes : l'impact direct des évènements extrêmes est celui de la nécessité de reconstruire les infrastructures (ouragans, inondations) ou de les adapter en urgence (sécheresse, vagues de chaleur). Or, plus du quart de l'investissement des pays développés va à la construction, ce à quoi il faut rajouter les infrastructures de transport et de production, transmission et distribution énergétique (électricité principalement). Les statistiques des compagnies d'assurance et l'expérience d'évènements comme Katrina, les inondations en Allemagne et Europe centrale ou la vague de chaleur en Europe en 2003 montrent qu'une augmentation même légère de l'intensité des ouragans ou des grandes marées engendrerait des coûts importants.
- Chocs systémiques sur le système économique financier : la montée des besoins de réparation et de compensation des dommages (y compris les pertes de revenus de l'agriculture et du tourisme) pose un problème assez sérieux aux compagnies d'assurance et de ré-assurance pour que celles-ci se mettent en quête de nouveaux produits (dérivés climatiques, catastrophe bonds). Pour éviter des risques systémiques sur le système bancaire et financier, on peut alors envisager soit une réduction importante de l'assiette ou du taux de couverture, soit un report de la charge des catastrophes sur les « risques banaux », d'où un report du choc sur l'industrie (qui peut alors réduire sérieusement sa prise de risque).
Accélération des flux migratoires et risques de conflits
Les flux migratoires sont présentés par N. Stern comme une des conséquences majeures et parmi les plus incontrôlables du changement climatique. Dans les pays développés, il note un « mouvement vers le Nord » sans trop s'étendre sur les risques politiques qu'il engendrerait (pouvant mettre en cause les solidarités nationales en Espagne et en Italie par exemple).
Il insiste en revanche, avec force exemples historiques, sur les conflits potentiels liés à l'eau, à la chute brutale de la productivité de l'agriculture de subsistance, à la montée des mers ou à la perte des infrastructures suite à des évènements extrêmes.
C'est là probablement le cœur du message de N. Stern, qui rejoint en cela une analyse de longue date du gouvernement anglais.