INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°5 : Symbolique et culture de l'eau

Conclusion

Substance fondamentale et simple, l'eau est l'un des quatre éléments constitutifs de l'Univers pour les Grecs anciens, conception du reste très répandue durant toute la période préscientifique. L'eau est l'image du temps qui s'écoule. La Chine a mis au point d'impressionnantes horloges hydrauliques. Elle représente aussi le Chaos des origines et annonce la résurrection et le renouveau spirituel.

Cet élément est caractérisé par une symbolique ambivalente : il est associé à la vie, et à la mort (pluie bienfaisante, sécheresse, inondations). Il est le Styx que sillonne la lugubre barque de Charon pour le Grecs et le Khawthar délicieux du Paradis des Musulmans... L'eau héberge les dieux, les naïades et les elfes mais c'est aussi « l'aveugle océan » qui engloutit les marins « dans les nuits noires » pour Victor Hugo.

Dans beaucoup de cosmogonies (Sumer, Egypte et Grèce antiques), la Terre est entourée d'eau, elle flotte sur l'élément liquide ou y est plongée comme dans une substance première et primordiale. Dans la cosmogonie chinoise, l'eau engage la dimension spirituelle de l'être et débouche sur le mystère de l'univers en le transfigurant comme l'illustre le geste de Qu Yuan, « le premier poète connu » de l'Empire du Milieu, qui se jette dans la rivière Milo pour renouer l'alliance du Ciel et de la Terre.Mais, sans eau, la Terre est stérile dit le Shatapatha Brahmana indien.

L'eau a été à l'origine de la fondation de multiples civilisations qui l'ont, dans leur grande majorité, investie d'une symbolique forte.

Pour le grand historien de l'Afrique Joseph Ki-Zerbo, elle serait même à l'origine de l'écriture, de l'arithmétique et de la géométrie - voire de la computation car l'inondation du Nil effaçant les repères, il fallait, lorsque le fleuve rentrait dans son lit, retrouver les parcelles, s'orienter sur ses berges et prévoir ses caprices. Coïncidence remarquable relevée par les astronomes égyptiens : chaque année, le 19 juillet, jour où apparaissait la première « eau du renouveau » - c'est-à-dire le début de la crue du Nil, l'étoile Sôthis (Sirius ou le Chien), incarnation de la déesse Isis, se levait au-dessus de l'horizon en même temps que le soleil. Comment douter alors de la divinité du fleuve ?

Quant aux Chinois, ils vénèrent et craignent l'eau : leur pays n'est-il pas une terre de sécheresse et d'inondations ? Ils iront jusqu'à déifié Li Bing, ce gouverneur de la province de Sichuan, qui a construit, vers 250 avant J.C. le premier barrage sur la rivière injiang, affluent du Yangtzé.

Dans pratiquement toutes les cultures, l'eau a été empreinte de spiritualité. Elle a même été sacralisée par l'homme de la Préhistoire comme le montrent les recherches anthropologiques et archéologiques relatives aux cultes rendus aux sources - guérisseuses ou thermales - et aux cours d'eau.

De son côté, le panthéon de la Grèce antique fait une place de choix aux divinités associées à l'eau. Cette révérence et cette sacralité de l'eau sont encore bien présentes dans beaucoup de communautés et se retrouvent dans leurs us et coutumes fondant ainsi une certaine gestion « écologique » de la ressource. On peut citer le cas des Dogons du Mali par exemple.

De plus, l'eau entre en effet dans maints processus initiatiques chez les Hopis du Nouveau Monde comme chez les communautés d'Afrique noire ou d'Océanie.

Quant aux trois grandes religions monothéistes comme bien d'autres cultes, elles considèrent que la pureté de l'eau se transmet à l'homme et le libère de la souillure grâce aux ablutions nécessaires « pour se présenter devant Allah » (c'est-à-dire prier) et accomplir les cinq prières obligatoires des Musulmans ou grâce à l'aspersion lors du baptême chrétien ou la purification rituelle de la femme qui vient d'accoucher chez les Juifs. Le message est alors on ne peut plus clair : il est essentiel de préserver cette pureté, d'user de l'eau avec discernement et de la partager équitablement.

L'immense kaléidoscope des divers aspects de l'eau fait de cet élément un lieu géométrique unique, exceptionnel où se rencontrent la religion, la philosophie, la poésie, la musique, la peinture et la science (depuis le fameux bain d'Archimède jusqu'aux étonnantes propriétés de l'eau que met en évidence aujourd'hui la nanotechnologie).

L'examen du Coran permet de mettre en évidence le respect universel de l'eau, respect qui dicte aux hommes la façon de se comporter vis-à-vis de cet élément vital, les règles pour son utilisation et son partage et les principes pour lui conserver sa pureté ; l'ensemble étant à la mesure de l'importance des symboles, des connaissances et de l'imaginaire que cet élément convie.

Tout ceci génère des pratiques et crée une véritable culture de l'eau qui renvoie, aujourd'hui, à une approche multiple et globale de la dimension environnementale, sociale, humaine, éthique, religieuse et économique de la ressource et des écosystèmes.

A l'heure où cette ressource focalise l'intérêt de tous et reflète leurs interrogations sinon leurs inquiétudes quant à notre avenir commun, la gestion et le service de l'eau se doivent d'assimiler cette culture de l'eau pour être efficaces et performantes, en un mot pour satisfaire ce besoin vital d'eau alors que cet élément devient « un bien rare, précieux et menacé ».