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Rapport n°5 : Symbolique et culture de l'eau
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Sommaire du rapport n°5
- Mythes, cosmogonies, symbolique et culture de l'eau
- Le rôle des croyances dans la protection de l'environnement
- Mythes, cosmogonies, symbolique et culture de l'eau
Le rôle des croyances dans la protection de l'environnement
Ainsi, mythes, croyances et symboles semblent servir une autre cause essentielle pour la pérennité des communautés : la protection de l'environnement. On rencontrera plus loin d'autres exemples de cette fonction didactique.
Par ailleurs, les contes bara accordent au nuage une position privilégiée pour sa grandeur d'âme. Malade, le dieu Ndriyananahari est confronté au fait qu'aucun de ses fils : le soleil, la lune, les étoiles... ne veut être égorgé pour lui sauver la vie comme le demande le magicien Tahyu appelé à son chevet. Seul le nuage y consent, alors le dieu le récompense en lui attribuant ce magnifique don de régénération : « Toi nuage, qui voulais mourir pour moi, même le soleil, même les étoiles, même l'étoile du berger, si tu veux les couvrir il n'y en a plus qui paraisse, et tu fais vivre, tu ressuscites les choses mortes ».
De leur côté, les Diolas animistes de Basse Casamance, en Afrique Ocidentale (ou Mandingues), attribuent la formation des nuages au mythe suivant : au commencement, il y avait Montogari, dieu de la pluie et Amontong, dieu de la sécheresse. Ils possédaient de grands troupeaux et vivaient ensemble en harmonie mais ils se disputèrent et en vinrent aux mains. Alors qu'ils se battaient, les femmes d'Amontong firent partir leurs enfants avec des peaux sèches attachées à des cordes ; en les traînant, ces derniers soulevèrent beaucoup de poussière. Ainsi naquirent les nuages. Le bruit que faisaient les peaux en raclant le sol engendra le tonnerre. Du coup, les enfants de Montogari prirent ce qui restait de poussière et firent la pluie, pluie essentielle aux activités des Diolas qui pratiquent une riziculture « d'extrême technicité » avec digues à vannes pour le dessalement(23).
Sagesse des contes bara et diola qui donnent aux nuages, et partant à l'eau, une fonction éminente car que serait l'oasis, qu'adviendrait-t-il de la rizière, que deviendraient les pasteurs sans eux ? En effet, la pratique de l'élevage au Sahel ou en Afrique de l'Est ne doit rien au hasard. L'élevage s'est imposé dans des régions à la pluviométrie erratique qui transforme en loterie l'agriculture : les rendements sont trop aléatoires. Néanmoins, la courte saison des pluies suffit à la régénération des pâturages et à la pousse de l'herbe là où le soleil permet une photosynthèse rapide. Le bétail devient alors une option incontournable : il est en mesure de fournir lait, viande, cuir et bouses (combustibles) et permet de tirer parti de zones qui seraient autrement peu productives voire quasiment invivables. Visitant le sud tunisien en 1891, l'abbé Bauron fait part de son étonnement ravi face à la « fée des oasis » : « La goutte d'eau vaut une pièce d'or. Ce proverbe arabe trouve son application dans les sables du désert. Le désert, comme l'océan, étend son immense plaine bien au-delà des limites de l'horizon... Mais, dès qu'il pleut ou qu'une source jaillit, ses sables arides se transforment en humus fécond. L'eau est donc fée créatrice des oasis. Elle fait du désert un jardin ravissant(24) ».
En fait, chaque sorte d'eau en Afrique peut avoir un nom particulier et surtout une signification particulière, qu'il s'agisse d'eau de pluie, d'eau de source, de rivière, de marigot, de lac, d'eau recueillie dans le creux d'un tronc de baobab...
On retiendra, qu'en langue diola, existe le vocable de forabà qui représente, d'après l'historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, la conception africaine de la « chose publique » (res publica) et qui prouve, selon lui, que la gestion de bien commun existait en Afrique, gestion qui englobe, bien évidemment, l'eau(25). Et notre historien de préciser « ... Il y avait des éléments ésotériques et religieux liés au sol considéré comme un esprit. Dans la mesure où le sol recevait les semences, on croyait que c'était le sol lui-même qui avait la vertu de la reproduction. Donc, le sol n'était pas un bien marchand qu'on pouvait manipuler n'importe comment. De même... le droit à l'eau était garanti. Les auteurs portugais nous racontent qu'à leur arrivée au Congo, entre la mer et la capitale du roi, de lieu en lieu, il y avait des canaris d'eau qui étaient placés par le roi pour les voyageurs. Cela veut dire que le roi prenait sur lui cette responsabilité à l'égard des hôtes publics et officiels. Les rivières et les lacs étaient considérés comme dépositaires de forces occultes. D'ailleurs, le geste traditionnel en Afrique de verser un peu d'eau ou du dolo (bière traditionnelle) par terre avant de boire soi-même, montre bien qu'on concevait le sol comme une entité à servir en priorité. Il contenait une force qui nous liait à des instances supérieures ».
(23) Jacques Berque, « L'Orient second », Gallimard, Paris, 1970.Cet auteur souligne que cette riziculture visait des fins alimentaires et rituelles et que, jusqu'en 1942, certaines fractions des Diolas se refusaient traditionnellement à vendre le riz.
(24) Abbé Bauron, « De Carthage au Sahara », Mame et Fils, Tours,1893
(25) Réf.12