INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°5 : Symbolique et culture de l'eau

L'eau est partout présente

Pour l'être africain, l'eau est énergie, vigueur, force et tonus. Elle n'est jamais morte donc usée, détériorée et hors d'usage. Elle est plutôt « eau-vie » quand elle purifie mais elle peut être aussi « eau-mort » quand elle souille mais elle n'est pas eau morte. Iba Ndiaye Diadji résume ainsi ces concepts : « ...L'eau est toujours et partout empreinte de spiritualité. Elle est le seul être à interchanger, selon les circonstances, ses pouvoirs... Si le lion n'est pas seulement roi de la forêt mais totem de la famille Ndiyae, l'eau est la seule force à ne pas être deux ».

C'est probablement pour cette raison que, quand les eaux de pluie ou les crues des fleuves entraînent la désolation, on désigne d'abord l'homme comme le seul et unique responsable des catastrophes. Quand le fleuve Sénégal(26) a débordé en 1999 et que, dans le même temps, des pluies diluviennes ont saccagé la région, on dit que l'homme a offensé Mame Coumba Bang, le génie du fleuve auquel les gens firent des offrandes de lait caillé jeté dans ses flots.

Ainsi, le culte Ghimbala permet aux hommes qui vivent les aléas des crues et décrues du Niger de trouver une communauté protectrice (Jean-Marie Gibbal, « Les génies du fleuve. Voyage sur le Niger », Presses de la Renaissance, Paris, 1988).

De même, à Cotonou, au Bénin, le caractère sacré de l'eau est aujourd'hui encore attesté : la population présente des offrandes aux lacs et aux rivières autant pour se les concilier que pour les remercier de donner vie aux semences nourricières.

En Côte d'Ivoire, à Abidjan, l'eau de la lagune Ebrié et sa faune sont « protégées » durant une certaine période de l'année pour permettre probablement au frai de se développer sans interférences ni déprédations humaines. Dans ce but, on fait rentrer en grande pompe dans la lagune une baleine imaginaire. A partir de ce moment là, la pêche est interdite dans le plan d'eau par respect pour le cétacé. Après quelques mois, au cours d'une autre célébration, la baleine est reconduite cérémonieusement en mer et la pêche peut être pratiquée.

De telles pratiques existent aussi chez les Maoris pour lesquels « kaitiakitanga » veut dire prendre soin de la terre et de l'eau. On notera que ces mêmes Maoris exécutent une danse « pour faire pleurer les nuages » quand, en Nouvelle Zélande, sévit la sécheresse(27). Ils ont, en outre, toujours pratiqué une certaine forme d'écologie en déclarant « sacrés » tels terrains, telles sources et certaines rivières :leur exploitation abusive est interdite.

Enoncés dans les temps reculés et dictés par une certaine sagesse populaire, fille probable de l'observation de la nature, ces us et coutumes contribuent à la protection de l'eau et de l'hydrosphère en général ainsi qu'à la reconstitution des espèces en les protégeant lors de périodes cruciales pour leur reproduction et/ou leur développement(28).

Pareillement, dans l'Antiquité, des offrandes étaient faites au Tibre à Rome et au Scamandre en Grèce, Hésiode recommandant notamment : « Gardez vous de jamais traverser les eaux des fleuves au cours éternel avant de leur avoir adressé une prière, les yeux fixés sur leurs splendides courants, avant d'avoir trempé vos mains dans leur onde agréable et limpide(29) ».

(26) En wolof, l'expression « sunu gal » signifie « notre pirogue ».

(27) Jennifer Dunning, « A dance to make the clouds weep », The New York Times, 26 décembre 2004.

(28) Pendant toute la durée du pèlerinage à la Mecque, il est interdit au pèlerin de chasser, d'abattre des arbres ou de couper des fleurs.

(29) Aïcha Bouroumi in « L'eau, patrimoine mondial commun » (sous la direction de Georges Thill et Jean-Pierre Ezin), Presses Universitaires de Namur et UNESCO, Namur,1997.