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Rapport n°5 : Symbolique et culture de l'eau
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Sommaire du rapport n°5
- Mythes, cosmogonies, symbolique et culture de l'eau
- Les fêtes de l'eau
- Mythes, cosmogonies, symbolique et culture de l'eau
Les fêtes de l'eau
Les Birmans aussi ont leur fête de l'eau
Pareille en cela à l'Egypte, la Birmanie est traversée par un fleuve majestueux, l'Irrawady et possède un joyau, le lac Inlé, qui fait vivre une grande partie de la population.
En Birmanie, on cultive des jardins suspendus. L'eau est ainsi partout et, en avril (mois lunaire birman de Tagou), se tient le plus grand festival des mois birmans, le festival de Thingyan ou « Fête de l'eau » qui marque la fin et le début de l'année birmane et dure cinq jours. Le premier jour, tous les enfants de Birmanie se mettent à jeter de l'eau sur les passants. Les trois jours suivants, c'est au tour des adultes de se lancer de l'eau. Le dernier jour est celui du Nouvel An : on cesse de s'arroser et on se rend dans les monastères pour laver cérémonieusement les statues des Bouddhas avec de l'eau parfumée. Traditionnellement, les gens se lancent de l'eau les uns les autres avec des feuillages qui symbolisent les bons souhaits en cette période de l'année. A l'époque moderne, la fête de l'eau s'est transformée en une aspersion collective. Plus un individu reçoit d'eau, meilleure sera son année. De plus, recevoir beaucoup d'eau est une marque de respect. L'origine de ces pratiques est conservée par la cérémonie du lavage des cheveux au cours de laquelle les jeunes gens lavent les cheveux des personnes âgées de la communauté. En mai (Kason), au moment de la pleine lune, on célèbre le jour de Bouddha par un grand festival. A cette occasion, les fidèles versent de l'eau au pied du banyan sacré, Nyaung bin.
Pareillement, à Jaipur, capitale du Rajasthan en Inde, fin mars, on célèbre la fête de Holi, comparable à celle du Thiangyan birman et on s'asperge copieusement d'eau en signe de respect et pour s'attirer les bonnes grâces du destin. Du reste, dans les temples hindous, on asperge régulièrement les fidèles d' « eau de la paix », une eau que le prêtre a préalablement bénie.
Ainsi, l'eau est ici le vecteur privilégié des traditions et des croyances. Eau sacrée et eau profane se mêlent au cours de ces célébrations pour exprimer des voeux de bonne année ou rendre hommage à Bouddha.
Autre continent, autre fête où l'eau tient une place importante. Eugène Fromentin décrit « La fête des Fèves, Aïd El Fould(38) » dans l'Alger de 1877 :
« Une fête nègre, que l'usage est de célébrer chaque année... à l'époque où commence la récolte des premières fèves. Quel est le sens religieux de la fête ? Pourquoi ce taureau habillé d'étoffes, décoré de bouquets, qu'un sacrificateur égorge au milieu d'un cérémonial barbare ? Pourquoi la fontaine, l'eau lustrale et le sang du taureau dont la foule est aspergée comme d'une pluie sacrée ? La fête se donne au bord de la mer... (39) ».
Ainsi donc, dans un pays islamisé depuis plus d'un millénaire, des célébrations d'origine animiste africaine en l'honneur de l'eau étaient encore joyeusement observées par la communauté noire algérienne. Pour certains auteurs, cette fête aurait des racines bien anciennes car elle rappellerait des scènes reproduites dans les fresques du Tassili, au Sahara. Il est clair que se sont là des célébrations originaires d'Afrique subsaharienne acclimatées en Afrique blanche par les populations ayant fait l'objet de la traite des esclaves.
Dans un conte(40) du Congo - qui se trouve dans le recueil sensible et touchant de Victor Nimy - l'amour qu'une mère voue à ses deux enfants emportés par la rivière force celle-ci à les lui rendre. La mère a tellement parlé à la rivière et tellement pleuré sur ses bords que celle-ci les lui rend. La rivière est comme un membre de la famille, on lui parle, on la convainc. L'eau est un élément familier et la rivière est pleine d'esprits avec lesquels on peut discuter, comme sous l'arbre à palabres du village où l'on traite des affaires communes ! C'est ainsi que dans le golfe de Guinée et au Ghana notamment, Jean Rouch rapporte dans un de ses films que les gens parlent de « Mammy Water » pour désigner la mer (mère) nourricière et, au cours d'un festival haut en couleurs, le Chama, ils offrent manioc, gin et tabac aux génies des eaux et leur immolent un bœuf blanc pour les remercier et leur exprimer leur reconnaissance et leur respect.
Bien loin du Congo et du golfe de Guinée, sur les rives de Manzanares, à Madrid, on vénère encore le puits miraculeux de la retraite de San Isidro Labrador (1172). La légende veut qu'un enfant tomba dans le puits mais le saint homme intercéda auprès de celui-ci. Les eaux de ce dernier montèrent rapidement et miraculeusement permettant ainsi de sauver l'enfant d'une noyade certaine. Ici, ce n'est pas l'amour d'une mère qui opère mais le pouvoir d'un saint homme capable de s'adresser à l'eau et de la convaincre. Saint François lui-même n'humanise-t-il pas l'eau quand il parle de la « sorella acqua » ? Dans la religion juive, « « le tsadik », le juste fait monter le niveau des eaux dans les puits ». « L'eau, élément de la douceur, est aussi symbole des éléments pacifiques dans toute la littérature rabbinique » écrit Norbert Lipszyc(41).
(38) Il faut écrire en fait « foul », traduction du mot fève et non « fould ».
(39) Eugène Fromentin, « Un été dans le Sahara », Plon, 1879, Paris.
(40) Victor Nimy, « Maa Mboyo, la mère aimante », L'Harmattan, Paris, 2002
(41) Marie-France Caïs, Marie-José Del Rey et Jean-Pierre Ribaut, « L'eau et la vie. Enjeux, perspectives et visions culturelles », Dossier pour un débat n°97, Editions Charles Léopold Mayer, Paris, 1999.