INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°6 : Transports collectifs urbains

Les TCSP au service de l'intégration territoriale

Les effets « intégrateurs » du TCSP ont fait l'objet d'assertions qui réclament une évaluation sérieuse. Sans préjuger des résultats d'une démarche de mesure rigoureuse encore à venir, il est possible d'aborder la question d'une façon théorique. Le site propre pour tramway met au service de la population urbaine dans son ensemble un système de transport dont le degré de performance est constant tout au long du tracé. Sous cet angle, l'effet lié à la modernité et à l'excellence du tramway en site propre se diffuse le long de la ligne et contribue a priori à rapprocher, par le traitement général de la voirie, les quartiers périphériques et le centre-ville. Au lien qui s'établit dans les représentations du système de transport et, par contiguïté, entre des quartiers de la ville considérés par opposition les uns aux autres, s'ajoute un effet matériel associé à l'augmentation de la vitesse commerciale, de la fréquence et de l'amplitude, qui transforment le schéma d'accessibilité générale de l'agglomération. Par voie de conséquence, des lieux considérés comme d'accès difficile changent de statut, comme le centre-ville ou certains quartiers périphériques dont le niveau d'inaccessibilité, réel ou simplement perçu, peut grandement changer. Dans une perspective polycentrique, c'est bien d'intégration territoriale et sociale qu'il s'agit, dans la mesure où de multiples lieux urbains sont décloisonnés, ce qui signifie concrètement que leur fréquentation et leur place dans les activités commerciales et culturelles peuvent être réévaluées dans les représentations et les pratiques des citadins. Sous cet angle, le TCSP soutient un enjeu central de l'« urbanisme durable », puisqu'il constitue un moyen de déplacement à haute valeur environnementale, mais aussi sociale : il propose de meilleures conditions d'accessibilité, dans le cadre valorisant de la performance technique et de l'image de marque, et présente des solutions de déplacement ouvertes à toutes les catégories de population, populations motorisées comprises.

Le pouvoir intégrateur du TCSP en matière d'unité territoriale des agglomérations, faute d'enquêtes appropriées, est généralement demeuré en marge de la mesure. L'impression d'ensemble que l'on peut retirer de ces évaluations, quand elles ont été faites, est... impressionniste.

L'état de l'évaluation est comparable en matière de report modal et de parts de marché, d'impact immobilier ou de dynamisation des centres-villes. Comme on l'a vu, on sait mesurer l'effet du TCSP sur la clientèle des transports collectifs et ses répercussions sur les résultats d'exploitation, mais l'effet sur le partage modal et a fortiori sur le report modal de la voiture particulière vers les transports collectifs n'est perçu qu'à partir de la clientèle des réseaux, tandis que le rapport à l'évolution du trafic routier est bien plus vague. En d'autres termes, la part d'usagers des transports collectifs provenant d'un transfert de la voiture particulière peut être connu, mais il ne dit rien de la transformation des parts de marché, que seules des enquêtes lourdes et coûteuses peuvent éclairer de loin en loin, et dans des agglomérations différentes. Le succès d'un parc-relais ne dit rien du nombre de voitures qui utilisent la voirie urbaine, ni de l'allègement du trafic routier global, qui reste principalement influencé par les transformations des conditions de circulation sous l'influence des travaux de voirie (aménagement de carrefours, construction de rocades, amélioration des pénétrantes, etc.).

Dans ces conditions, la contribution réelle des TCSP à l'unité territoriale des agglomérations et aux objectifs de réduction de la consommation énergétique et de la production de gaz à effet de serre est difficile à déterminer, même à grands traits. Quelques indications, non exhaustives, peuvent tout de même être réunies à partir des études menées dans les différentes villes françaises à TCSP. On abordera successivement les effets sur la part modale des transports collectifs, les effets sur l'immobilier et enfin les effets sur la dynamique des centres-villes et plus généralement du commerce.