INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°6 : Transports collectifs urbains

Le tramway dans la dynamique des centres-villes

Le rôle que les TCSP jouent dans la dynamique qui affecte les centres-villes est difficile à appréhender. En effet, après une période de relatif déclin de l'attractivité des centres-villes, principalement en raison de l'émergence de pôles commerciaux de périphérie et de la faible réactivité d'un milieu socio-économique finalement déclinant (la nature des commerces et l'âge moyen des commerçants de centre-ville ont plutôt joué en faveur de l'absence de réaction à la désertion des centres par les consommateurs), les centres-villes ont été affectés, tramway ou pas, par une transformation de la nature des commerces (notamment par l'installation de nombreux magasins franchisés), de façon un peu comparable à ce qui était offert dans les centres commerciaux de périphérie. Cette mutation a été en partie suscitée par l'intervention des collectivités locales au profit de la réhabilitation du cadre bâti, de la requalification de l'espace public, de la création de rues et de places piétonnières. Les « plateaux piétonniers » ont été rendus accessibles par la création de parcs de stationnement ou sous-sol, ce qui a permis tout à la fois de rendre l'espace public plus amène et d'améliorer les conditions de circulation et de stationnement. La dynamique qui affecte les centres-villes desservis par des TCSP doit être replacée dans ce mouvement général, qui relativise grandement des observations faites « à chaud » immédiatement après la mise en service des lignes de tramway.

A Rouen, Strasbourg ou Bordeaux, le centre-ville représente pourtant un fort enjeu de desserte de l'offre commerciale de centre-ville. A Rouen, comme à Strasbourg, le centre-ville représente 40% du chiffre d'affaires commercial de l'agglomération (et près de 30% à Bordeaux, soit entre 600 et 800 millions d'euros/an), contre 60% pour les pôles de périphérie, dominés par les hypermarchés.

A Rouen, par exemple, le centre-ville constitue une part importante de l'offre commerciale de l'agglomération. Mais il est à peu près impossible d'isoler le rôle du tramway. On observe une dynamisation de l'offre commerciale, mesurée par l'apparition de nouveaux commerces, dans une partie du centre-ville quelque peu excentrée (côté cathédrale), mais il s'agit en quelque sorte du rattrapage d'un mouvement de redynamisation commencé plus tôt le long des deux axes commerçants qui constituent la croisée commerçante de Rouen, en partie piétonnière.

Mais ces mutations sont à replacer dans le cadre d'une politique de revitalisation du centre-ville. L'arrivée du tramway dans le centre-ville à la fin de l'année 1994 a certainement contribué à la décision prise par la collectivité et les acteurs économiques de déclencher la rénovation du secteur commerçant, et un peu plus tard celle du centre commercial situé sur la rive opposée de la Seine. Mais il est difficile, dans ce cas également, d'évaluer l'action directe du tramway sur les agents économiques. La situation déclinante du centre-ville rouennais appelait de toute façon une intervention face à l'essor de l'offre commerciale de périphérie.

La seule analyse de l'évolution du commerce du centre de Rouen qui laisse entrevoir un effet de dynamisation lié au tramway repose sur la répartition géographique des changements d'enseignes selon une périodisation calée sur les événements liés au tramway. En 1991, le projet est formé, en 1994, la ligne est mise en service. Les zones d'influence directe du tramway renforcent leur part (de 25% en moyenne) dans la répartition des ouvertures de nouveaux commerces, au détriment des zones du centre-ville les plus éloignées.

Figure 4 : évolution de la répartition géographique des commerces créés au centre-ville de Rouen

Des 4 zones créées au centre-ville de Rouen, c'est la « bande tramway » (en trait gras) qui a enregistré depuis la mise en service du tramway, en 1994, l'évolution la plus forte de la part des commerces créés, qui indique à la fois la réapparition de commerces et les changements d'enseignes. Cette évolution permet à la bande tramway de retrouver son niveau après une forte régression au début des années 90. La bande tramway et la zone contiguë (dénommée « proche ») totalisent 50% des créations de commerces de la partie centrale de Rouen, sur environ le quart de sa superficie. La zone enveloppe correspond à la périphérie du centre-ville.