INSTITUT Veolia Environnement

Rapport n°6 : Transports collectifs urbains

Comment attirer de nouveaux usagers ?

Dans les milieux professionnels du transport public urbain, redisons-le, l'un des thèmes en débat porte sur l'attractivité de lignes d'autobus en site propre par rapport au modèle offert par le tramway (c'est-à-dire un matériel ferroviaire). Pour aborder cette question de manière objective, il importe de pouvoir faire état de la réponse des usagers dans les rares cas de site propre pour autobus que l'on compte en France, à l'exclusion des couloirs réservés, plus ou moins protégés et plus ou moins continus. On a déjà cité les plus remarquables : Dijon, le premier de tous, intégré à une vaste opération de « piétonisation » du centre-ville, ainsi que deux réalisations, l'une lourde à Montpellier, déjà évoquée, l'autre plus légère, par réaménagement de l'espace public dans la traversée du centre-ville d'Orléans. Dans ces deux cas, le site propre pour autobus a précédé le tramway, dont le projet avait été formé de longue date. Enfin, le long axe Nord-Sud de Grenoble desservi par la ligne 1, précédemment évoqué, offre un exemple plus récent. Outre ces réalisations, on peut aussi citer des troncs communs plus courts permettant de faire sortir le transport collectif de zones marquées par la lenteur du trafic routier, comme c'est le cas dans plusieurs villes moyennes.

A Rouen, cas le plus achevé à ce jour, le réseau de transport public a fait l'objet d'enquêtes de satisfaction. La dernière, qui date de 2001, permet de comparer les réponses des usagers selon les modes de transport : le « métro » (c'est-à-dire le tramway), l'autobus guidé en site propre (TEOR) et le reste des lignes d'autobus. Le tableau ci-dessous reprend quelques unes des questions posées aux usagers.

Tableau 12 : enquête auprès des usagers du réseau de Rouen

Les usagers apprécient... Notes de 0 à 20.

« Métro »

TEOR

Autres lignes d'autobus

Ensemble réseau

la vitesse 16,5 15,8 14,9 15,6
la fréquence 15,5 15,4 13,6 14,4
la régularité 15,8 14,9 14 14,7
le confort 13,8 14,2 13,7 13,6
la conduite 14,8 14,6 13,4 14
les stations 14,3 13,8 13,4 13,7
l'accessibilité (physique) 14,3 15 14,1 14,2
l'information en station 15,2 15,2 15 15,1
l'information en cas d'incident 13,8 13 12,6 13,1
le prix 13,2 13,1 13,3 13,3

Comme le montre a contrario la réponse à un domaine absolument semblable sur l'ensemble du réseau, le prix, dont la note varie de 13,1 à 13,3 seulement, les réponses selon le mode de transport semblent bien refléter les particularités de chacun d'eux. En ce qui concerne le tramway, l'effet d'accoutumance risque d'en avoir atténué l'effet de nouveauté, alors que TEOR, qui n'est même pas encore entièrement en service, jouit incontestablement de cet effet de nouveauté en 2001.

La moyenne des trois critères fondamentaux de la performance du transport lui-même, qui renseigne sur la quantité de l'offre (vitesse et fréquence) et sur ses modalités de présentation au public (régularité), donne les résultats suivants : la note moyenne du tramway est en effet de 15,9, celle de TEOR de 15,4, celle des autres lignes de 14,2. L'écart est plutôt faible (0,5 point) entre TEOR et le tramway au profit de ce dernier, mais l'écart entre le tramway et TEOR est plus réduit que celui qui sépare TEOR du reste des lignes d'autobus du réseau (1,2 point) grâce, notamment, à l'effort consenti en matière de fréquence. (L'impact du tronc commun du site propre a probablement joué en ce sens.)

L'autre dimension de l'effet site propre réside dans la qualité de l'accueil de l'usager (confort intérieur, conduite, stations, information...). La moyenne attribuée par les usagers s'élève à 14,4 pour le tramway, à 14,3 pour TEOR et à seulement 13,7 pour les autres lignes d'autobus. Sur l'ensemble des indicateurs de qualité, la différence est donc négligeable (0,1 point), et l'écart est en revanche creusé par rapport aux lignes d'autobus : 0,6 point d'écart. (Malgré cette nette différence, il importe de ne pas oublier que l'écart entre les autobus et TEOR s'élevait à 1,2 point pour la dimension quantitative de la comparaison).