Institut Veolia Environnement

Extraits du Rapport n°1 : "Développement urbain: les nouvelles contraintes"

1) Les contraintes économiques et financières du développement urbain. Influence du niveau de développement sur les processus d'urbanisation

Actuellement, le cap de la moitié de la population mondiale vivant en ville a été dépassé , et les prévisions estiment à deux tiers la part de la population qui vivra en ville en 2025.

On observe :

Dans les pays développés :

  • un développement urbain quantitatif modeste,
  • un développement qualitatif important : . augmentation du nombre de mètres carrés nécessaires à chaque habitant, travailleur ou résident,
  • un renouvellement des infrastructures,
  • de plus en plus de déplacements entre agglomérations, ou à l'intérieur de chaque agglomération,
  • un appauvrissement relatif des centres.

Dans les pays en développement :

  • diminution très nette des revenus des centres, véritables crises des centres urbains
  • la population des villes augmente rapidement.
  • le nombre de nouveaux urbains est de 70 millions par an, dont une très forte proportion dans les pays en développement.
  • grandes disparités de pays à pays.
  • l'urbanisation rapide des pays en développement est un phénomène transitoire et non exponentiel.

Le développement urbain, une chance à saisir ?

Dans tous les pays on observe une courbe dont la forme est identique : le revenu par habitant augmente avec la taille de la ville.

PIB des grandes villes du monde en l'an 2000, en milliards de
dollars, et comparaisons

Tokyo 1440 France 1429
New York 1050 Chine 1064
Los Angeles 620 Brésil 607
Paris 510 Inde 471
Chicago 400 Australie 394
Osaka, San Francisco 380 Pays-Bas 365
Washington 310 Afrique sub-saharienne 313
Boston 260 Russie 250
Hong-Kong 180 Turquie 200
Séoul, Toronto, Mexico 150 Indonésie 150
Sao Paulo 110 Grèce 112
Singapour 100 Egypte 100
Bangkok, Istanbul 60 Pakistan 65
Shanghai 50 Pérou 54
Le Caire 33 Maroc 36
Manille 25 Vietnam 26
Jakarta 16 Tunisie 20

Les conversions en dollars ont été faites selon les recommandations de la
Banque Mondiale

Ces données donnent la production des villes, aux prix du marché, donc représentent une certaine capacité d'achat.

Gouvernance et développement urbain

Les avantages des villes sont potentiels, contingents à leur bonne gestion.

Les composantes de cette bonne gestion sont d'une part un environnement de qualité, ensuite une bonne gestion du transport et enfin la maîtrise de l'étalement urbain.

Les facteurs explicatifs de la productivité des villes

La taille effective du marché de l'emploi peut être appréhendée : .

  • du point de vue du travailleur,
  • du point de vue de l'entreprise.

La productivité est expliquée par la taille effective du marché de l'emploi, avec une élasticité de 0,2. Cela signifie qu'en augmentant la taille effective du marché de l'emploi de 10%, on augmente la productivité de 2%.

Ensuite la taille effective du marché de l'emploi est elle-même expliquée, d'une part par la taille totale du marché de l'emploi, donc de la taille de la ville, avec une élasticité de 1, ensuite par la rapidité d'accès avec une élasticité de 1,6, et enfin de façon inverse par l'étalement avec une élasticité de -1,2.

En conclusion, dans un contexte de bonne gestion, le phénomène urbain s'avère positif d'un point de vue économique puisqu'il induit une meilleure productivité et donc des revenus plus élevés par habitant.

Cependant d'autres contraintes d'ordre environnemental et social peuvent entraîner une dégradation de la qualité de vie en ville avec des répercussions sur les capacités de production. Seule une bonne gouvernance pourra éviter les pièges inhérents à toute croissance urbaine et transformer en atouts, les contraintes générées par les évolutions démographiques et/ou les effets de sprawl non maîtrisés.

2) Le phénomène d'étalement urbain et la croissance des villes

L'étalement urbain, que l'on observe sur tous les continents, n'est pas un phénomène nouveau. Avec des modalités qui varient en fonction des facteurs géographiques, sociaux et sociétaux, cette forme de la croissance des villes présente cependant quelques aspects qui semblent universels.

La terminologie elle-même est variée, ce qui souligne la complexité des processus de croissance périphérique des agglomérations et donc la difficulté à aboutir à une qualification de ce phénomène.

Le développement des villes dans le monde

Sur tous les continents, on observe une baisse relative des taux de croissance urbaine moyens depuis 20 ou 30 ans, comparés à ceux des décennies précédentes. Cette tendance à la baisse de la croissance démographique devient plus flagrante lorsque l'on raisonne à périmètre constant, car partout se manifeste un processus général d'expansion spatiale. L'avancée de la tâche urbaine le long des axes de communication précède souvent le modèle d'étalement en tâche d'huile par remplissage des espaces vides.

Au delà de ces formes globales de l'étalement urbain, les modes d'expansion périphérique s'avèrent très divers en termes de type d'habitat, de mode de peuplement, de processus de protection du bâti, de type de construction, de catégories sociales concernées. En dépit de contextes géographiques, socioculturels et politiques très contrastés d'une métropole à l'autre, on retrouve cependant des processus d'expansion urbaine similaires.

Dans les métropoles des pays en développement :

  • une urbanisation informelle des périphéries comme pratique populaire( ex : lotissements clandestins, occupations illégales de terrains),
  • une périurbanisation qui peut résulter d'un développement planifié (ex : quasi-villes satellites de Delhi ),
  • un mouvement de déconcentration des classes aisées en périphérie lointaine.

Dans les grandes métropoles des pays industrialisés :

  • une extension urbaine éloignée et discontinue liée à la diffusion de l'usage de l'automobile,
  • un développement de l'habitat individuel.

Les facteurs de la périurbanisation

Les raisons de l'étalement urbain sont bien sûr fortement influencées par le contexte géographique et culturel de chaque agglomération. Néanmoins, on peut en dégager quelques aspects qui semblent communs à tous les cas étudiés.

Le rôle du transport et les facteurs sociologiques dans l'étalement urbain

Le phénomène a été permis par :

  • le développement des transports modernes,
  • le développement de la voiture individuelle.

L'éloignement des centres urbains et cette forte augmentation de la motorisation révèlent des modes de vie dans lesquels il y a une dissociation entre espaces de vie, de travail, de loisir, donc une forte mobilité géographique des individus

L'influence de l'habitat individuel

Au niveau sociologique, on peut s'intéresser aux motivations des ménages qui quittent les centres-villes ou qui s'en éloignent encore un peu plus :

  • la recherche toujours plus loin d'un foncier moins cher,
  • volonté forte d'accéder à la propriété,
  • une offre faible de quartiers denses et d'habitat collectif,
  • la représentation favorable de la maison individuelle au niveau de nos sociétés,
  • exigence accrue en matière de confort.