Les toilettes : enjeu humanitaire tabou ou bien de luxe ?

Tatiana Thieme, Géographe urbaine et Professeure associée, University College London

Justin De Koszmovszky, Associé, Archipel&Co

Les pratiques et infrastructures d’assainissement ont beau varier d’un pays à l’autre, il existe un impératif universel : nous devons nous débarrasser de nos déchets corporels. Cette nécessité émane de notre compréhension commune de la santé publique et des tabous culturels associés à tout déchet : quelque chose de négatif, potentiellement vecteur de contagion1.

La gestion des déchets d’origine humaine, historiquement et géographiquement, reflète la relation des individus à leur corps, leur environnement, leur gouvernement et leur économie2. Ainsi, le fait que 4,2 milliards de personnes3 n’aient pas accès à un assainissement adéquat est une source de préoccupation et de mobilisation.

Le présent article se penche sur l’importance des toilettes, le lieu symbolique et physique de la lutte contre la précarité en matière d’assainissement au XXe siècle. Quelles sont les implications de cette réinterprétation des toilettes, à la fois objet humanitaire, bien de consommation rêvé pour certains, mais aussi lieu de rencontre et espace commun dans les quartiers en pleine expansion des pays du Sud ?

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1 Douglas, Mary 1966. Purity and Danger: An analysis of the concepts of pollution and taboo.
2 Laporte, Dominique 2000/1978. History of Shit. Cambridge, MA: MIT Press (traduction de Nadia Benabid et Rodolphe el-Khoury)
3 OMS/UNICEF Joint Monitoring Programme (JMP) for Water Supply, Sanitation and Hygiene, 2019. Accessible ici : https://www.who.int/news/item/18-06-2019-1-in-3-people-globally-do-not-have-access-to-safe-drinking-water-unicef-who

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La Revue de l'Institut Veolia - "Eau, déchets, énergie : quel avenir pour les services essentiels en Afrique ?" (5.67 Mo)