Professeur Gerard Killeen
Chaire de recherche AXA en Ecologie appliquée aux agents pathogènes, Université de Cork, Irlande
La majeure partie de nos capacités de séquestration du carbone d’origine biologique, ainsi que de la biodiversité encore préservée, se concentre dans les forêts, les zones boisées, les prairies et les plaines inondables des pays tropicaux à revenu faible ou intermédiaire. Or, la dégradation continue de ces écosystèmes naturels, d’une richesse exceptionnelle, a favorisé l’émergence de nouveaux agents pathogènes menaçant les populations humaines. Les communautés rurales vivant à la périphérie de ces zones riches en biodiversité ‒ où les risques de paludisme, de zoonoses et d’infections émergentes sont particulièrement élevés ‒ figurent également parmi les plus défavorisées sur le plan socio-économique. Par ailleurs, les stratégies de « conservation forteresse », héritées de l’époque coloniale, visaient généralement à protéger les espaces naturels en excluant strictement les populations locales. Cette approche présentait un double inconvénient : elle privait ces communautés des bénéfices liés à la biodiversité, tout en les exposant aux dangers associés, notamment les rencontres avec des animaux potentiellement dangereux et les maladies infectieuses. Toutefois, des exemples positifs montrent la voie à suivre. Citons notamment des programmes de conservation communautaire en Afrique, fondés sur le tourisme et le financement de la lutte contre le changement climatique, ainsi que nos propres travaux menés récemment dans une zone de gestion de la faune sauvage administrée par une communauté dans le sud de la Tanzanie. Ces initiatives illustrent la capacité des communautés rurales africaines à porter des modèles de conservation décentralisés, capables de lutter simultanément contre l’extrême pauvreté et les maladies infectieuses locales, tout en contribuant à la protection mondiale face aux pandémies, au changement climatique et à l’érosion du patrimoine naturel commun.